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Ce que veulent les coachs !

Publié par le 23 octobre 2013               
Alexandre Atinkpahoun

Agent sportif dans le milieu du basket-ball, Alexandre Atinkpahoun vous parle, à travers de ses expériences mais aussi de témoignages, des attentes des coachs au haut-niveau par rapport aux joueurs que ces derniers recrutent.

« Dans le métier d’agent, le but est d’accompagner au mieux les joueurs. Un agent et un joueur ne peuvent travailler ensemble que lorsqu’ils sont sur la même longueur d’onde, cela doit être un échange. Mais il est parfois difficile de faire passer son discours et sa vision du basket.

Avec certains joueurs, on peut constater que les conseils sont écoutés mais surtout appliqués. Cependant, avec d’autres, une vision fausse (ou conception erronée) persiste sur la manière d’arriver au plus haut niveau. En particulier, certains jeunes joueurs de moins de 25 ans pensent réussir en se reposant uniquement sur leurs qualités de basketteur purement techniques. Pour eux, la performance sportive individuelle suffit, et les à-côtés du métier n’ont aucune importance.

Afin de montrer à quel point ces joueurs font fausse route et à quel point une telle vision peut nuire à leur carrière, nous sommes allés demander aux entraîneurs de nous donner leurs critères de sélection hors basket lorsqu’ils « scootent » un joueur évoluant en espoir ou dans une division moindre que celle où évolue leur équipe.

Fabien Romeyer (entraineur de Vichy) « Pour ma part, je demande à ce que le joueur puisse répondre à des charges de travail très importantes (que ce soit mentalement, mais aussi physiquement) tout au long de la saison et pas seulement au mois de septembre quand il fait beau…. Travailler beaucoup permet toutes les remises en cause positives ou négatives.
Associé à ces charges de travail, j’affectionne que les joueurs soient patients. Les 2 sont indissociables : tu travailles et il faut du temps pour que celui-ci soit récompensé. Et c’est là que cela devient compliqué car les jeunes joueurs souhaitent (comme la société nous conditionne à cela) tout avoir et tout de suite. Nous sommes dans l’instantané, dans le zapping (ce n’est pas bon donc je change, je remets tout en cause). Mais les dirigeants et les supporters sont comme cela également, dans le résultat immédiat. Il faut laisser un minimum de temps au temps dans un métier où nous n’en avons pas beaucoup !!!
La deuxième chose est sa volonté à progresser. On recrute un joueur, certes sur ses qualités qui vont apporter « un plus » à notre équipe, mais aussi j’aime que les joueurs se cherchent des limites avec une réelle envie de progresser. Un joueur qui progresse est un joueur qui va souhaiter s’investir davantage.
Egalement, capacités à s’insérer dans un projet collectif et un projet de club (il faut qu’il colle à l’identité de notre club et qu’il ait donc cette faculté d’adaptation).
Enfin, je recrute un joueur PROFESSIONNEL avec toutes les notions qui vont avec… Horaires à respecter, hygiène de vie, gestion de son corps et des soins qui vont avec, communication avec composantes du club, EXEMPLARITE envers les plus jeunes… »

Arnaud Ricoux (entraineur de Berck) : « je me renseigne sur la personne, je cherche à savoir s’il est travailleur, s’il est discipliné, s’il a un bon état d’esprit, s’il est réaliste sur lui, quelles sont ses ambitions en venant avec moi .
Je préfère mille fois un joueur besogneux à un joueur avec du talent mais sans morale et sans principe. Je me renseigne sur son passé et son entourage. Et enfin je veux qu’il ait des valeurs correspondantes au club et à l’équipe».

Nombreux sont les entraîneurs qui pensent que pour un joueur, avoir un comportement exemplaire est important et ne signifie pas ne pas avoir de caractère.

Laurent Hay (entraineur lucon) : assume pleinement être un coach formateur et tient le discours suivant: « Hormis le côté Basket, pour le recrutement, j’essaie de prendre beaucoup de renseignements, auprès de coachs, de joueurs, sur le sérieux, le respect des hommes (partenaires et coach), et du collectif. Quelle que soit la qualité du joueur, une saison est longue, et la mentalité et l’éducation du joueur sont pour moi primordiales. J’essaie d’éliminer celui qui pourrait pourrir le vestiaire, ça, j’y tiens !!… et ça ne veut surtout pas dire ne pas avoir de caractère ! … bien au contraire ».

Aymeric Collignon (entraineur Quimper) : « Je partage en effet ce point de vue, sans pour autant en faire non plus une généralité car il y a aussi de très bons jeunes qui sont exemplaires et finissent par percer.
De mon côté, le principal souci se situerait dans le manque de culture de l’effort de ses jeunes joueurs. Alors qu’à leur âge leur corps leur permet des charges d’entraînement importantes, ils ne font pas plus que ce qui leur est demandé, et même bien souvent quand l’entraîneur va demander plus et augmenter ses charges de travail, on constate un manque d’envie, des comportements négatifs et une facilité à se retrancher derrière la fatigue, le manque de récupération etc… Un des soucis chez nos sportifs est aussi celui-ci, trop focalisé sur la récupération! Il ne faut surtout plus trop travailler, les joueurs sont des systèmes fermés dans lesquels ils estiment quand sont les limites ».

Marc Berjoan (entraineur Montbrison) : « Le handicap est de penser que la Nm1 et les niveaux inférieurs ne valent rien et qu’il n’y que la Pro A et B de valables, mais la réalité, pour les joueurs espoirs c’est que 85% des joueurs sortiront sur de la Nm2 et en dessous, 10% sur la Nm1 et à peine 5% sur la pro A et B. Ils disent être moins motivés s’ils devaient ne pas jouer en « pro »… c’est de la bêtise. Quand on aime le basket, on est à 100%, quel que soit le niveau.
Les jeunes joueurs qui rentrent dans une équipe « sénior » recherchent déjà la gloire, ce qui est un frein au développement.
Ce que j’attends d’un joueur qui sort d’espoir ou de l’insep, c’est qu’il se mette au service du collectif. On ne leur demandera pas d’apporter 15 points de moyenne, que ça soit sur de la nm1 ou pro A et pro B, et même rarement en Nm2.
Je leur demande aussi de l’autonomie et se prendre en main, niveau basket (aller en musculation et shooter seul), mais aussi dans la vie de tous les jours (se préparer à manger, aller chez le Kiné, médecin etc).
C’est aussi aux agents de bien conseiller et éduquer leurs joueurs».

L’erreur à ne pas faire, comme a pu me faire remarquer Pascal Thibault (entraineur de Rennes), serait de partir sur le constat « c’était mieux avant » sans accepter l’évolution des mentalités, ni apporter une éducation aux joueurs:
« Les qualités premières sont celle d’engagement dans la compétition et les entraînements, de respect des gens (partenaires, staff, supporter, gardien de salle) et d’esprit d’équipe.
Par exemple, au moment du scooting, un joueur qui met une seconde avant de réagir pour revenir en défense, un autre qui refuse de taper dans la main de ses équipiers ou de son coach au moment du changement. A l’inverse, celui qui est capable de se sacrifier, passage en force, qui encourage ses partenaires aux lancers francs, qui n’est pas enfermé dans sa bulle.
Par exemple, cet été, j’avais passé quinze heures de vidéo et statistiques sur un joueur, je l’ai vu sortir en râlant et refuser par deux fois de taper dans la main de son coach en sortant. Terminé!

Pour revenir à ma remarque du début, notre projet sur Rennes part un peu de ce constat mais sans en faire une fatalité, car il y a des solutions à apporter.

– Pour pouvoir éduquer ces comportements, il faut pouvoir agir un peu plus tôt et directement. Notre projet de formation démarre dès les petites catégories et non pas uniquement sur les catégories « cadet espoir ». Après une section sportive Lycée, nous avons mis sur pied une première section sportive collège en 6ème/5ème.
– La notion d’identité, d’attachement au club, à la ville me semble importante. D’un point de vue éducatif, le déracinement familial est souvent préjudiciable, d’où l’idée de mettre essentiellement notre énergie sur le local.
– Enfin, il faut une cohérence forte entre ce projet d’entraîneur et celui des dirigeants et de l’entraîneur de l’équipe première.
Cette année, deux joueurs sortant de cadet intègrent la Nm2 dont un qui y figurait régulièrement depuis deux ans déjà, plus trois autres qui s’entraînent régulièrement avec nous et ont participé à l’intégralité des matchs amicaux. L’organisation de notre recrutement démarre aussi par cela: quels sont les jeunes que l’on peut intégrer sur du court ou moyen terme.
– Il faut aussi se poser la question, au même titre que dans le système éducatif au sens large : n’est-ce pas plutôt nous, entraîneurs, dirigeants, qui avons changé, qui sommes moins courageux, moins à l’écoute, moins engagés ?»

Pour conclure, retenons que l’image que l’on donne et le comportement à l’extérieur du terrain est aussi importante que les « statistiques » et les prouesses sportives réalisées sur le terrain. Les qualités techniques et athlétiques doivent être complétées par des qualités humaines et interpersonnelles. Les éléments suivants restent primordiaux:
– la capacité du joueur à s’adapter à un nouvel environnement et à s’intégrer à un groupe
– la compréhension des consignes données,
– le prise en charge personnelle,
– le respect de l’autorité
– le respect des conditions contractuelles lors de l’engagement du joueur.

Il y a encore quelques années, les « électrons libres talentueux» avaient leur chance de percer et de faire carrière car leurs qualités de basketteur (surtout athlétiques) étaient supérieures à la norme, mais deux choses ont changé :
Premièrement, les entraîneurs ne veulent plus perdre leur temps à faire de la gestion humaine ; deuxièmement, étant donné la qualité de la formation en France, il y a désormais suffisamment de bons joueurs sur le marché pour que les entraineurs aient le choix et la liberté de choisir à la fois sur des critères techniques et athlétiques mais aussi sur des critères de professionnalisme et de comportement.

Il est toujours possible de trouver des excuses à un comportement inapproprié durant une saison, mais il est illusoire de croire que l’on puisse faire une carrière professionnelle sans avoir un comportement correct. Le bouche à oreille reste important : les entraîneurs se renseignent auprès d’autres entraîneurs, auprès des présidents et surtout auprès des joueurs qui ont pu côtoyer le joueur « scooté ». De ces échanges, un profil complet du joueur est établi et de là découle le choix final de l’entraîneur.

Par Alexandre Atinkpahoun »

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