Véritable pionnier du basket freestyle en France, Brice Coyere dit « Brisco » est également l’un des youtubeurs français les plus connus dans l’univers de la balle orange. Ayant réussi à faire de sa passion son métier, il revient pour Basket-BallWorld sur son parcours depuis ses débuts dans le streetball et les coulisses de son succès sur la toile où il recense plus de 300 000 abonnés. Entretien.

Peux-tu te présenter pour les lecteurs qui ne te connaisseraient pas encore ?
Brisco : Je m’appelle Brice Coyere, plus connu sous le nom de Brisco sur les réseaux sociaux. J’ai été champion du Monde de basket freestyle en 2013, sacré double champion d’Europe en 2012 et 2013, et élu champion de France en 2014. Je pratique le freestyle depuis 2007, et ce n’est qu’à partir de l’année 2017 que j’ai tenté ma chance sur les réseaux sociaux et notamment sur YouTube. Ça a super bien fonctionné. Ça a commencé d’abord par des petits tutoriels sur le freestyle basket, puis ça s’est étendu au basket traditionnel afin de toucher un peu plus de monde. Aujourd’hui, je réalise des défis avec de grands joueurs, dont certains évoluent en NBA, et ça marche super bien.

Quel a été ton parcours dans le streetball ? Comment as-tu appris à le pratiquer ?
Brisco : J’ai d’abord pratiqué le basket 5×5 de mes 7 à 17 ans, âge à laquelle je me suis blessé (luxation de la rotule). Je n’ai jamais évolué à un très haut niveau puisque j’ai joué au niveau départemental et régional. La blessure m’a fait couper les liens avec le basket, parce que je n’ai pas pu jouer pendant 6 mois. Cette période m’a ouvert à d’autres choses. C’est à ce moment là que j’ai découvert le streetball, notamment avec les mixtapes And One, Hot Sauce, de Professor et d’autres légendes du streetball américain. Pour moi, ça a directement été le coup de foudre. J’ai beaucoup aimé cette liberté de pouvoir faire ce que l’on voulait avec le ballon, c’est-à-dire de ne pas avoir les contraintes d’un coach qui nous dit ce que l’on doit faire sur un terrain. Le fait de pouvoir effectuer des gestes techniques m’a aussi beaucoup plu. Les seuls gestes techniques que je voyais, c’était au foot. Je ne savais pas que c’était possible de réaliser des gestes freestyle au basket. Quelque part, je pense que c’est quelque chose que je demandais à découvrir, sans même le savoir. C’est devenu une évidence pour moi d’essayer d’en faire, surtout que j’avais déjà quelques facilités avec le ballon.
Pendant ces 6 mois de blessure, essayer de faire tourner le ballon sur mon doigt a été la seule chose que je pouvais faire. J’ai ensuite rencontré des gens qui gravitent autour de ce domaine et de fil en aiguille, j’en suis arrivé à ce que je suis devenu aujourd’hui.

 

Brisco : “J’ai d’abord pratiqué le basket 5×5”

 

Au fur et à mesure de ton développement dans la pratique du freestyle basket, as-tu créé tes propres moves ? Si oui, quelles ont été tes sources d’inspiration ?
Brisco : Bien sûr. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’en compétition freestyle, quand tu commences, tu réalises généralement les gestes basiques que tout le monde fait, comme faire rouler le ballon le long des bras, faire tourner le ballon sur son doigt. Après, quand tu avances de plus en plus dans la compétition, les critères de jugement pour gagner des championnats sont principalement axés sur la créativité. Ça va évidemment concerner la difficulté de tes tricks, mais aussi par exemple de si tu es coordonné avec la musique ou pas. On s’affronte sous forme de battle devant un jury de trois personnes. Ce qui les impressionne le plus, c’est de voir de nouveaux moves. Donc forcément, arrivé à un certain niveau, tu es obligé d’inventer tes propres mouvements. Quand j’étais petit, j’ai pratiqué un peu de capoeira et de break dance. Ma spécialité, c’était surtout ça lors des compétitions : je mélangeais le basket avec le break. Je jouais beaucoup avec ma souplesse aussi. C’est comme ça que j’ai créé mon propre style.

A travers ta notoriété que tu as établi, on peut dire que tu fais aujourd’hui partis des pionniers du streetball en France. A ton avis, est-ce une activité qui demande à être développée ?
Brisco : Je pense que le streetball en France, comme aux Etats-Unis, a connu un âge d’or dans les années 1990. Ça correspond aussi un peu à l’époque où Michael Jordan est arrivé sur nos écrans. Donc tout le monde s’est intéressé au basket, notamment dans la rue, ce qui a développé le streetball. Il y a eu beaucoup de playgrounds créés, beaucoup de gens qui y jouaient. J’ai le sentiment que ça jouait même plus à cette période que maintenant. Ce qui est dommage, c’est que le streetball est une discipline pas très médiatisée, si ce n’est un petit peu par le 3×3. A ce sujet, je trouve que le 3×3, c’est bien, mais on perd l’image du basket de rue dans le sens où, oui il y a de nouvelles règles, mais on ne va pas pouvoir réaliser des gestes freestyle sur le terrain. Ça reste très strict règlementairement. Je pense que c’est quelque chose qui pourrait se développer et je suis très content de faire partie des pionniers de cette discipline en France. Mais à l’image du freestyle, je pense que l’on est encore très peu dans l’Hexagone, il n’y a pas assez de têtes qui arrivent à se faire reconnaître. C’est ça aussi le message que j’essaie de faire passer à travers mes vidéos : inciter les gens à continuer de pratiquer le basket de rue, et surtout à pratiquer le basket qu’ils veulent, même si ce n’est pas un basket qui plait au coach ou à leurs amis. Je pense que c’est l’esprit du street de faire vraiment ce que l’on souhaite.

 

“Le streetball en France a connu un âge d’or dans les années 1990”

 

Tu disposes d’une communauté d’abonnés assez incroyable sur les réseaux sociaux et notamment sur YouTube. Comment s’est déroulée la progression de ta notorité ? Quels ont été les clés de ton succès ?
Brisco : Je ne me suis jamais dit un jour : « Je vais avoir 300 000 abonnés, je ferai des vidéos avec des pros et ça va énormément fonctionner ». Ce n’est pas du tout ça. En fait, même quand tu n’es pas forcément connu en tant que freestyleur, tu vas toujours poster une petite vidéo de toi chaque année pour constater ta progression. Ces vidéos ne sont pas forcément à destination du public, mais il s’agit surtout d’un souvenir que l’on peut se garder de côté pour soi. C’est comme ça que j’ai commencé, ma chaîne YouTube a été créée en 2013. Je publiais des petites vidéos une fois par an, il n’y avait vraiment aucune régularité. Ce qui s’est passé, c’est qu’un jour, j’ai fait une vidéo avec Wass Freestyle, qui fait du freestyle foot et qui était déjà présent sur YouTube mais pas autant connu qu’aujourd’hui. Il m’a demandé de faire une vidéo avec lui afin de réaliser un défi freestyle foot contre freestyle basket, ce que l’on a fait. Pour me remercier, il m’a dit qu’il allait mettre ma chaîne en description. Je pensais que ça n’allait pas m’apporter grand chose, que ça n’allait pas prendre car je n’étais pas du tout actif. Et ce qu’il s’est passé, c’est que du jour au lendemain, je me suis retrouvé de 100 à 5 000 abonnés sur YouTube. Ça s’est fait en un claquement de doigts. On s’est dit que c’était peut être le moment de faire quelque chose. Puisque ça ne me coûtait rien et que je n’avais rien à perdre, je suis parti dans cette optique de développer le basket freestyle en France, en sachant que c’est une discipline pas du tout médiatisée et qu’à cette époque là j’avais déjà été champion du Monde et d’Europe. Je n’avais encore eu aucune retombée médiatique suite à ces distinctions, chose que je ne trouvais pas forcément normal, donc je me suis dit pourquoi pas me tourner un peu plus vers les jeunes vu que j’arrêtais la compétition. C’est ce que j’ai fait, j’ai commencé au début avec des tutoriels pour apprendre les gestes les plus simples du freestyle. Ça a plutôt plu et bien marché. Mais je voyais toujours que les gens me demandaient en commentaires si je savais vraiment jouer au basket. Ils disaient : « On aimerait bien te voir ». Je voyais qu’il y avait peut être une autre communauté à toucher. Je touchais peut être les freestyleurs, mais les basketteurs ne se reconnaissaient pas forcément tout le temps dans mon contenu. Du coup, j’ai commencé à montrer des vidéos de moi en jouant à mon basket, au streetball, avec mes règles, mes moves, ma façon de voir le basket. Ça a beaucoup plu. J’ai eu beaucoup de chances aussi en termes de collaborations. Très tôt, j’ai rencontré Tibo In Shape, qui avait besoin d’un freestyleur basket dans l’une de ses vidéos. Je crois que je n’avais même pas 20 000 abonnés lorsque je l’ai rencontré. Après cette vidéo, je suis monté directement à 50 000 abonnés. De fil en aiguille, ma progression s’est poursuivie. J’ai rencontré le Rire Jaune, qui est aussi fan de basket. On a fait une vidéo ensemble qui m’a fait monter à 100 000. La suite, c’est du travail sur le terrain, énormément d’heures de montage, beaucoup d’heures à se creuser la tête pour trouver des idées.

Comment se déroule la prise de contacts avec les différents acteurs de tes vidéos ? Démarches-tu les athlètes ou bien est-ce que ce sont eux qui viennent vers toi ?
Brisco : Cela dépend. Pour les premières vidéos, forcément, c’est moi qui suis allé vers les clubs et les joueurs. La première vidéo avec un club, c’était avec Nanterre. Elle a super bien marché, aujourd’hui elle recense 1.3 millions de vues sur YouTube. En voyant qu’elle fonctionne comme ça, je me suis dit : « pourquoi ne pas refaire la démarche ? ». Je suis allé vers les clubs les plus historiques de la LNB. J’ai aussi réalisé beaucoup de défis avec des joueurs. Un peu comme tout le monde, je suis les médias basket, et dès que je vois qu’un jeune ou un joueur est en vogue, j’essaye de le contacter, soit lui soit le club directement. A l’inverse, ça m’est arrivé aussi d’être contacté par un club, comme avec Fos-sur-Mer par exemple. Ils m’ont demandé un peu de visibilité, que je fasse une vidéo avec leurs joueurs. Concernant la vidéo qui vient de sortir avec Laëtitia Guapo, qui est numéro 1 mondial de 3×3, c’est son agent qui m’a contacté directement.

Aujourd’hui, arrives-tu à vivre uniquement de tes revenus liés à tes vidéos sur internet et aux événements auxquels tu participes ?
Brisco : Désormais, oui. Par le passé, j’ai travaillé pendant trois ans en tant qu’animateur scolaire. Au départ, je travaillais sur le temps périscolaire. J’enseignais une chorégraphie de freestyle aux enfants tous les jours pendant 1 heure après l’école. Ça me permettait de faire ce que j’aime, tout en ayant à côté un travail « normal ». L’année suivante, les responsables m’ont dit que le freestyle ne pouvait pas forcément durer parce que les parents et les petits voulaient changer. En conséquence, je me suis transformé en animateur sportif. C’était un peu le même job, sauf que je ne faisais plus de freestyle mais un peu tous les sports. La dernière année, en 2017, je jonglais entre ma chaîne YouTube (qui avait bien marché durant l’été) et mon travail. C’était vraiment l’une des périodes les plus compliquées de ma vie, dans le sens où je rentrais le soir à 18h, je me mettais au montage jusqu’à 3h du matin avant de me relever le lendemain à 8h. Quand j’ai remarqué il y a deux ans que je pouvais vivre de YouTube et du freestyle, j’ai décidé d’arrêter mon autre activité. Ça m’a libéré d’un gros poids quand j’ai vu que je pouvais me consacrer à ma passion. C’est un rêve de vivre de sa passion ! Après, il faut savoir qu’il y a vraiment du travail, une régularité et des choses moins plaisantes à réaliser. Ce n’est pas « je sors, je prends mon ballon et je m’éclate ».

Travailles-tu seul ou es-tu accompagné par une équipe pour le tournage et le montage de tes vidéos ?
Brisco : J’ai 2-3 amis qui sont disponibles de temps en temps pour venir me filmer. Mais on ne peut pas dire que c’est une équipe parce que je ne peux pas les rémunérer à l’heure actuelle. Tout ce qui montage et le reste, c’est moi qui le réalise par mes propres moyens. Je pars du principe que l’on est jamais mieux servi que par soi-même. Tant que ça marche comme ça, je pense continuer de la même façon.

Ta chaîne t’a t’elle créé des opportunités de spectacle/représentations sur des événements ou de business que tu n’aurais peut être pas eu si elle n’existait pas ?
Brisco : Oui, bien sûr, énormément même ! Je compare à avant, quand je n’avais pas une chaîne YouTube à gérer et quand je n’avais pas une vidéo à sortir toutes les semaines. J’avais uniquement à me concentrer sur mon freestyle. Je m’entraînais plus sur mon freestyle, donc je pense que par le passé, j’étais plus fort en termes de spectacle notamment. J’avais aussi une meilleure hygiène de vie, j’étais mieux préparé, j’étais sûrement plus souple, plus rapide, j’avais aussi plus de souffle que maintenant. Aujourd’hui, j’ai sûrement moins de tout ça, mais vu que j’ai beaucoup plus de visibilité, la demande s’est multipliée par 4 ou 5 par rapport à avant que je ne sois actif sur YouTube. C’est vraiment la visibilité qui peut me faire vivre du freestyle aujourd’hui. Avant que je ne possède ma chaîne YouTube, c’était très très compliqué de vivre du freestyle, dans le sens où les shows n’étaient pas réguliers. Il y avait des périodes creuses. Désormais, il y a la rémunération via YouTube, j’ai des shows de freestyle et aussi des placements de produits, des marques qui m’appellent de temps en temps. C’est beaucoup plus facile, ça a vraiment ouvert une voie.

 

“Hot Sauce a été ma première source d’inspiration”

 

De quel défi ou vidéo es-tu le plus fier ?
Brisco : Il s’agit de la vidéo que j’ai sorti en juin dernier où je rencontrais Hot Sauce, qui était donc membre de la team And One et qui a été ma première source d’inspiration. Quand j’étais petit, je m’habillais comme lui. J’avais des posters de lui dans ma chambre. Dans cette vidéo-là, il y a même des archives de moi habillé comme lui et essayant de reproduire ses mouvements. J’ai pu le rencontrer en juin dernier, il était venu à Paris. J’ai réalisé une sorte de documentaire où je raconte comment il m’a inspiré, comment il a influencé mon basket. En même temps, il y a une petite interview entrecroisée dans la vidéo et quelques défis où on s’apprend mutuellement certains de nos mouvements. C’est vraiment la vidéo dont je suis le plus fier. C’est pour moi un rêve qui s’était réalisé de le rencontrer.

Quelles sont tes aspirations pour la suite ? As-tu d’autres rêves à concrétiser ?
Brisco : Je crois qu’en France, il y a 600 000 licenciés basket. Je suis à 300 000 abonnés, ce qui signifie qu’il y a toujours de nouveaux abonnés à attraper. J’ambitionne de développer la chaîne YouTube un maximum, continuer à prendre un maximim de plaisir. Des rêves à réaliser, c’est tellement vaste désormais. J’en réalise pratiquement tous les mois. L’année dernière, j’étais au All-Star Game NBA et je n’aurai jamais pensé pouvoir y aller. Je rencontre des joueurs NBA assez régulièrement, j’ai appris des moves de freestyle à James Harden, à Rudy Gobert, etc. Mon ambition, c’est juste de continuer le cycle que j’ai créé. Pourvu que ça dure le plus longtemps possible, c’est tout ce que je me souhaite. Tant que ça marche, je suis heureux. Même si c’est beaucoup de travail dans l’ombre, que les gens ne voient pas, au final ils me le rendent bien quand je les croise. La vie tout court me le rend bien aussi. Quand je vois les opportunités et les occasions que j’ai, c’est top.