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Interview : Camille Eleka se confie sur sa carrière

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Camille Eleka (1m96, 27 ans) a très tôt connu l’élite du basket français. A seulement 18 ans, il a été sélectionné en équipe de France de jeunes. Au même âge, il a également signé son premier contrat professionnel avec l’Elan Chalon-sur-Saône. Tout cela avant de rallier les championnats NM1 et NM2. Le basketteur normand est aujourd’hui l’ailier titulaire du Caen Basket Calvados. Un club avec lequel il est champion de France Nationale 2 en titre. A travers une interview confessions, il revient avec nous sur sa carrière. De ses premiers dribbles à aujourd’hui…

Comment avez-vous débuté le basket ? Etait-ce votre premier sport ?

Camille Eleka : J’ai commencé par le foot, j’y étais très doué. J’avais déjà un grand gabarit par rapport aux autres et j’ai failli intégrer le centre de formation de Malherbe. Et en fait, pendant les grandes vacances, avec l’un de mes meilleurs amis qui lui jouait au basket, on a commencé à jouer sur les playgrounds. Du coup, j’ai installé un panier chez moi, dans la cour. Mes frères regardaient beaucoup la NBA, à l’époque de Jordan. Donc j’ai vite pris goût au basket comme ça. C’est en jouant dans la rue avec mes frères et l’un de mes meilleurs amis. Mais à la base, j’étais orienté football.

A quel moment avez-vous voulu en faire votre métier ?

Camille Eleka : En fait, à l’école, ce n’était pas trop ça. Dans le même temps, on me disait que j’avais des qualités pour jouer au basket. En conséquence, j’ai joué ma carte à fond. Je ne pensais plus qu’à ça. Pour moi, c’était hors de question de faire autre chose que du basket. J’ai continué sur ça et suis devenu basketteur professionnel. Je ne fais aucune autre activité professionnelle à côté.

« La première Marseillaise avec les Bleus, c’est touchant » Camille Eleka

 

Y a-t-il des titres ou des compétitions auxquels vous avez participé qui vous ont particulièrement marqués ?

Camille Eleka : En jeunes, j’ai gagné le championnat de Basse-Normandie avec le Calvados. Mais également le championnat Zone Ouest avec la Basse-Normandie. Ensuite, j’ai été vice-champion de France cadets. Par la suite, avec mon équipe, on a été sacré champion de Nationale 2 et vainqueur du Trophée coupe de France la même année. Concernant les compétitions qui m’ont marqué, il y a l’ULEB Cup avec Chalon. J’avais 18 ans, j’accompagnais l’équipe. On prenait l’avion. Il y a une autre chose qui m’a énormément marqué, c’est quand j’étais en équipe de France en espoirs. La première Marseillaise avec les Bleus. Une compétition internationale, ça m’avait très marqué. Tu t’en rappelleras toute ta vie. Parce que même si c’est en espoirs, c’est une compétition internationale, un championnat d’Europe. Entendre la Marseillaise, c’est marquant. C’est touchant.

Avez-vous connu des freins et/ou obstacles dans votre quête pour devenir basketteur professionnel durablement ?

Camille Eleka : J’ai eu beaucoup de ralentissements. Déjà, j’ai eu pas mal de blessures. En toute sorte, j’ai vraiment galéré par rapport à ça. Et à certains moments, ça m’a bloqué. Ensuite, il y a eu tous les à côtés du basket comme les sorties. Tout ce que l’on peut rencontrer lorsque l’on a 18 ans et que l’on part de chez soi pour aller dans le milieu pro. Donc ça, je trouve que c’est un ralentissement. Sur l’instant c’est du bonheur, ce n’est pas du tout un ralentissement. Mais au bout du compte, quelques années après, tu te dis que tu as perdu un peu de temps pour ces choses là.

Avez-vous déjà pensé à votre reconversion sportive ?

Camille Eleka : L’optique que j’ai, c’est de travailler dans le monde du sport. Mais pas forcément dans le milieu du coaching. Je me vois plus comme un general manager ou un agent sportif. J’aime beaucoup repérer les talents, construire les équipes, discuter avec les gens. Par ailleurs, j’ai le relationnel facile avec les sponsors, le public et les joueurs. Je me vois plus dans une branche business, de construire quelque chose, construire une équipe. Ou alors faire des détections de joueurs, essayer de faire du business en trouvant des clubs à des joueurs. Je me vois plus comme ça en fait.

Pourquoi pas au CBC ?

Camille Eleka : Oui, tu sais si le projet prend forme, c’est sûr qu’à la fin, ça serait un rêve pour moi. C’est un rêve de voir le club monter. Et le fait d’avoir commencé ici au tout début, et d’être encore là à la fin de ma carrière, ça serait vraiment le top du top. Ça serait vraiment l’épopée d’une belle carrière.

« Le basket, c’est un sport noble pour moi ».

 

Que pensez-vous de l’évolution du basket en France ?

Camille Eleka : Je trouve que le basket en France a beaucoup évolué. Dans le bon et le mauvais sens. Je trouve que l’on a une très très bonne image du basket français en général, dans la globalité. Je trouve, par exemple, que notre équipe de France est extraordinaire. Avec des joueurs qui sont à l’écoute, qui sont près du public. Et qui sont très représentatifs de la France, du partage. Je trouve que c’est beau. C’est aussi un sport noble pour moi. Après, dans le mauvais sens, je trouve que le basket devrait prendre une autre dimension. Se calquer un peu plus sur de la NBA un petit peu. Par rapport aux infrastructures, aux animations, par rapport à tout ça. Je pense que là, on a beaucoup de retard par rapport aux Etats-Unis. Mais aussi d’autres championnats comme l’Espagne. Concernant le basket en général dans la globalité, je trouve qu’en France on a su un peu comme le hand focaliser certaines personnes, voir l’équipe de France.

Quels sont les facteurs de la réussite sportive selon vous ?

Camille Eleka : Je pense qu’en général, les facteurs c’est de travailler, être vraiment rigoureux dans le travail. Ensuite, je pense que le fait d’être bien entouré est très très important. Surtout pour un jeune. Pour moi, le basket est un sport où si tu veux vraiment percer très tôt, tu dois être très bon très jeune. Si tu veux vraiment aller haut et que tu as 16/17 ans, il faut que tu sois en équipe de France. Pour que, après, on puisse te repérer dans des clubs pour te former. On ne donne pas facilement la chance à des gens qui n’ont pas fait de centre de formation. Ou à ceux qui n’ont pas eu un cursus normal entre guillemets. Donc pour moi, il faut savoir être entouré des bonnes personnes pour te motiver et bouger quand tu es gamin pour aller en centre de formation. Ce n’est pas facile quand tu es jeune de s’occuper de tout ça. Pour moi, c’est vraiment être bien entouré. Mais aussi le travail et la rigueur. Et faire les bons choix (il se répète). Et puis après, il y a toujours une part de chance qui rentre en compte. Moi, par exemple, je n’ai pas la chance de faire 2m10 ou 2m05. 

« J’ai la chance de faire un métier qui est un hobby en premier lieu »

 

N’y a-t-il pas aussi une question d’opportunités ?

Camille Eleka : Quand je dis qu’il faut bien être entouré, qu’il faut faire les bons choix, surtout lorsque l’on est jeune, ça fait partie de cela. Généralement, quand on est jeune et quand on est fort, ou quand on est jeune et que l’on vient d’un milieu qui n’est pas facile, on n’a pas forcément les personnes qui nous disent : « ça serait mieux que tu ailles là, que tu ailles là ». Quand tu regardes bien les joueurs en NBA ou en équipe de France, la plupart du temps ils ont toujours un papa qui était au haut niveau. Ou alors une personne comme Joakim (Noah) dont le père était un tennisman de haut niveau. (Tony) Parker et (Nicolas) Batum, leur père était au haut niveau, (Edwin) Jackson a été à haut niveau. Antoine Diot, son grand-père était à haut niveau. Boris Diaw, sa mère était à haut niveau. Tu peux être à haut niveau quand tes parents ne sont pas dans le sport. Mais généralement, quand tu es bien entouré, je pense que c’est une plus-value. Un facteur plus. Voilà.

Quelles sont vos sources de motivation ?

Camille Eleka : Déjà, j’aime ça. J’ai la chance de faire un métier qui est un hobby en premier lieu. C’est une motivation. Je trouve cela motivant pour tout donner. Ensuite, quand je vois le monde actuel du travail au niveau des entreprises, je me dis que j’ai la chance de faire ce métier-là. Et donc de tout donner parce que justement je suis déjà arrivé à un bon niveau, je n’ai pas le droit de me dire « ah bah non, je ne m’entraîne pas aujourd’hui parce que je suis fatigué ». Parce qu’il y en a d’autres qui sont au chômage forcé. Ou qui ne s’épanouissent pas dans leur métier. Le travail en ce moment dans la vie de tous les jours, ça n’est pas facile. Ce n’est pas évident. Donc c’est vraiment un gros facteur. Ensuite, il y a un facteur personnel. J’ai envie de gagner des titres. J’ai envie d’être le meilleur. Et du coup, tout cela ça me donne l’envie de bosser pour être le meilleur de ce que je peux apporter.