Coach ayant connu la majorité des différents niveaux du championnat de France, Sylvain Froidefond est aujourd’hui le coach de Malakoff en Nationale 3. Entretien !

Vous êtes reconnu pour avoir formé de nombreux jeunes venant de milieux difficiles. Comment vous y prenez-vous avec eux ? De la même manière que pour tout autre joueur “lambda” ?
D’abord, je pense qu’il ne faut pas faire de distinction par rapport au milieu d’origine… Ce sont la plupart du temps des jeunes joueurs en attente d’un projet individuel dans un cadre collectif ! Il faut leur parler directement et fixer des règles claires. Il faut être à la fois très exigeant mais aussi être à l’écoute, leur expliquer que, sans une grande discipline et beaucoup de travail ils n’atteindront pas leurs objectifs !! Par contre, une fois cela intégré, ils donneront plus que les autres car ils savent d’où ils viennent…

Y a t-il un joueur que vous avez coaché dont vous soyez particulièrement fier de la réussite ?
C’est une question difficile car il y a eu beaucoup de satisfactions dans mon parcours. Je prendrai deux exemples : Olivier Sulpice que j’ai découvert en cadets département en tant qu’ailier-fort et qui a fini à Angers en Pro B/N1 comme meneur de jeu et Thomas Yvrande que j’ai coaché en cadets France et en Espoirs à Maurienne qui est devenu joueur professionnel dans son club formateur grâce au travail successif de ses différents coachs, alors que ce n’était pas gagné d’avance pour lui !

Alpha Mbodj, l’un de vos anciens disciples, a signé cet été en partie grâce au site World Directory Basket-Ball, un contrat avec la JAV Vichy, club professionnel évoluant en Nationale 1. Que vous inspire cela ? Pensez-vous que ce site permette d’offrir aux jeunes talents de nombreuses opportunités ?
Alpha, c’est le profil de joueur avec qui beaucoup de coachs aimeraient travailler… Complètement passé au travers des détections, c’est un joueur qui a percé sur le tard et qui, grâce à une excellente éducation et une grande qualité d’écoute, a réussi à franchir un premier obstacle en intégrant une structure professionnelle comme la JAV ! Le site WDBB lui a permis de se faire connaitre, d’y établir son profil et de se mettre en relation avec un agent qui a pu le mettre en rapport avec son nouveau club… Il faut vivre avec son temps : il y a dix ou quinze ans, un coup de fil suffisait !! Aujourd’hui, avec le nombre de joueurs sur le marché, les outils de communication comme WDBB deviennent indispensables. 

Comment utilisez-vous ce site d’un point de vue personnel ? Est-ce un réel objet de travail pour vous ?

Personnellement, je suis plutôt old school mais je m’y mets progressivement. Pour l’instant comme simple lecteur ! 

Quels sont à votre avis les principales caractéristiques dont un joueur doit disposer pour qu’il puisse espérer faire carrière au niveau professionnel ?

Elles sont nombreuses à mon sens : d’abord une grosse détermination et un mental à toute épreuve. Ensuite, beaucoup de patience, savoir franchir les étapes une à une, être capable de travailler plus que les autres et surtout être au bon endroit au bon moment ! Attention aux “marchands de rêves” qui promettent tout et n’importe quoi : il y a peu de places pour beaucoup de candidats… 

Quelles sont selon vous les principales différences entre le basket “d’avant” et le basket “d’aujourd’hui” ? Ces différences se retrouvent t-elles dans les différentes générations de joueurs qui se sont succédées ?
Aujourd’hui, les nouvelles générations sont impatientes et ont beaucoup plus de mal avec l’autorité… Sans tomber dans la nostalgie, les anciennes générations étaient plus dures au mal, plus guerrières, avec un état d’esprit plus centré sur le groupe, le collectif !! Aujourd’hui, nous avons à faire à des joueurs qui veulent d’abord briller individuellement pour espérer se faire remarquer au détriment du jeu… La mise en place de l’évaluation individuelle dans notre sport a été un véritable désastre à ce niveau-là !!!

Que vous a apporté votre expérience dans le milieu professionnel avec Aix Maurienne ?
J’étais surtout responsable du centre de formation, ce qui me correspond mieux, et assistant sur l’équipe pro… A cette période, les conditions de travail à Maurienne étaient beaucoup plus compliquées qu’aujourd’hui mais cela reste un souvenir exceptionnel humainement, surtout en cadet France 1ère division avec une équipe issue à 100% de la région ! Avec l’équipe professionnelle, j’ai beaucoup appris à observer les meilleurs joueurs de la division, à disséquer les points forts des équipes adverses, mais surtout dans la gestion des égos et de la relation entraineur/entrainés…

Préférez-vous coacher des joueurs évoluant dans la catégorie “jeunes” ou “séniors” ? Est-ce que ce sont deux mondes différents au niveau du coaching ?
Ma préférence va au coaching des jeunes séniors ! Je pense que le gros du travail de pré-formation s’effectue au niveau de la catégorie cadets, mais qu’il se poursuit puis s’affine sur la catégorie espoirs, un joueur devant arriver à maturité entre 22 et 25 ans. Pour la catégorie séniors, je pense qu’il faut absolument que le coach puisse choisir ses joueurs en fonction de ses principes de jeu sinon il s’expose à des conflits ou est obligé de faire des compromis… Contrairement à l’idée reçue, ce n’est pas, à mon avis, au coach de s’adapter aux joueurs mais bien l’inverse !!  

Disposez-vous de projets à réaliser dans le futur, à court ou long terme ?

A court terme, retrouver une équipe de jeunes en championnat de France et à moyen terme essayer de reproduire ce que j’avais mis en place entre 1995 et 2000 à Niort, à savoir un mini centre de formation où on pourrait donner la chance à certains jeunes joueurs potentiels aujourd’hui sans projet concret de jouer au meilleur niveau possible !

Vous avez été le coach de Xavier Delarue, qui va devenir le premier basketteur français à évoluer dans le championnat professionnel canadien. Pensiez-vous, à l’époque, qu’il aurait eu cette carrière ?
Je ne pensais pas qu’il deviendrait un personnage public… Plus sérieusement, il a toujours eu en lui cette rage de réussir, il a su saisir la chance que je lui ai donnée. Ça n’a pas été facile tous les jours mais à force de travail et d’abnégation, il a réussi à passer de l’anonymat du championnat régional parisien à meilleur marqueur français de Pro B en 7/8 ans en passant par tous les niveaux du championnat français !! C’est le parfait exemple de ce que j’expliquais plus haut… Aujourd’hui, il accomplit son ultime défi avec une expérience dans un championnat étranger avant j’espère de pouvoir tenir sa promesse de finir sa carrière à mes côtés, là où tout avait commencé… !