Interview réalisée par Alexandre Daumur-Smith.

– Salut Bathiste, c’est avec plaisir que nous nous entretenons avec toi.
Bathiste Tchouaffé : Salut Alexandre !

– Peux-tu rapidement te présenter pour les lecteurs qui te découvrent grâce à cette interview ?
Bathiste Tchouaffé : Je m’appelle Bathiste Tchouaffé, j’ai 17 ans. J’entame ma 4ème et dernière année à l’INSEP (Institut National du Sport de l’Expertise et de la Performance).

– Comment, quand et où débute la pratique du basketball pour toi ? Quels sont tes plus anciens souvenirs en rapport avec ce sport ?
Bathiste Tchouaffé : J’ai commencé le basket grâce à ma famille. Je suis issu d’une famille de basketteurs. Mon père, ma mère, mon oncle et ma tante pratiquaient le basket. J’allais souvent voir leurs matchs. Dès que j’ai appris à marcher, je ne pouvais pas marcher sans avoir une petite balle entre mes mains. Je m’amusais à la lancer dans le panier. J’ai dû casser plein de choses dans la maison (rires). Pour anecdote, ma mère jouait au basket lorsqu’elle était enceinte de moi. Donc je connaissais déjà les terrains.

– Pour les catégories « jeunes » tu évolues au sein du club de Poiters Basket 86. Comment se sont passées tes années là-bas ? Comment décrirais-tu nous ce club ? Qu’y as tu appris ?
Bathiste Tchouaffé : Génial. On était une bande de potes qui voulait prendre du plaisir à jouer ensemble. On a marqué l’histoire de la formation Poitevine puisqu’on termine champion de France minimes avec la sélection Poitou-Charentes, 3ème du final four poule haute minimes et vice-champion de la Mie Câline. Poitiers est un club familial qui aime former les jeunes. D’où leur devise “Former, Jouer, Gagner”. Aujourd’hui, Poitiers est en Pro B. Je les suis tous les week-ends et j’espère qu’ils vont remplir leurs objectifs.

– Après ton passage au PB86, tu intègres le centre fédéral à l’INSEP. Etait-ce un objectif primordial te concernant ?
Bathiste Tchouaffé : Bien sûr l’INSEP c’est le temple du sport français donc tu peux que progresser.

– Dans un reportage (disponible sur la chaine YouTube INSEP TV) réalisé par les équipes de l’INSEP, nous te voyons expliquer, avec un certain recul, qu’au terme de la semaine de tests au Pôle France, si un joueur n’est pas retenu pour intégrer ces structures ce n’est pas une fin en soi. Mais toi, comment aurais-tu réellement réagi si tu avais été dans cette situation ?
Bathiste Tchouaffé : Je l’aurais mal pris mais ça aurait été une source de motivation pour la suite.

 

“Il y a tout pour réussir, le seul danger est nous-mêmes.”

 

– Pour beaucoup de joueurs, l’INSEP est un vrai tournant et une plateforme de lancement pour une carrière professionnelle. Expliques-nous comment ton expérience dans cet établissement s’est déroulée jusqu’à maintenant et quels sont les éléments qui font qu’à l’INSEP tout est fait pour réussir avec encore plus de chances qu’un centre de formation classique ?
Bathiste Tchouaffé : On est dans un cadre exceptionnel. On a tout sur place. Le bâtiment scolaire est à l’intérieur de l’INSEP. L’internat est à l’intérieur de l’INSEP, la cafétéria aussi. Nous sommes suivis médicalement de très près. Je connais des centres de formation où il n’y a pas tout ça. Les jeunes doivent prendre les transports en commun. De notre côté, nous avons la chance de tout avoir sur place. Nous sommes entraînés par des coachs nationaux. Nous avons des appareils qui nous permettent de travailler dans des conditions exceptionnelles. Il y a tout pour réussir, le seul danger est nous-mêmes.

– T’es t-il déjà arrivé d’avoir des moments de doute ? As-tu déjà pensé à arrêter la pratique de cette discipline sportive ?
Bathiste Tchouaffé : Chaque sportif a déjà eu des moments de doute. C’est humain. Nous avons la chance d’être entourés de bonnes personnes. Être dans le doute, par moments, c’est bien. Cela nous permet de nous remettre en question et d’aller de l’avant.

– Imaginons que demain les médecins te diagnostiquent un sérieux problème qui t’empêcherait de pratiquer un sport. Comment aborderais-tu cette très mauvaise nouvelle et quel projet entreprendrais-tu ?
Bathiste Tchouaffé : J’avoue ne jamais avoir pensé à ce genre d’éventualité. Mais j’aimerais bien être dans le monde du business.

– J’ai pu lire dans différents articles disponibles sur internet que tu avais récemment hésité entre intégrer l’effectif d’un club professionnel (PB86, MSB) ou rester 1 année supplémentaire à l’INSEP. Tu as finalement choisi la deuxième option. Pourquoi cette idée de quitter le centre fédéral ? Et pourquoi y es-tu finalement resté ?
Bathiste Tchouaffé : J’arrivais en fin de contrat à l’INSEP. Je me suis donc posé des questions sur mon avenir. Je suis finalement resté car je préférais avoir un diplôme à ma sortie. Et puis le coach me fait beaucoup confiance. Donc j’ai un temps de jeu qui est garanti que je n’aurais certainement pas eu à ma sortie.

– Depuis le début de saison, tu affiches de belles lignes de stats. Es-tu devenu trop fort pour la Nationale 1 ? Penses-tu qu’un joueur peut continuer à progresser tout en évoluant dans une catégorie ayant un niveau inférieur au sien ?
Bathiste Tchouaffé : Non je ne pense pas être trop fort pour la N1. Car sinon, je pense que j’aurais pu faire gagner mon équipe à plusieurs reprises. Mais ce n’est pas le cas.

 

“On espère garder notre titre pour marquer notre histoire et l’histoire du basket français”

 

– Tu es désormais dans ta dernière année de ton cursus à INSEP. Que comptes-tu entreprendre par la suite ? Quelles sont tes ambitions ?
Bathiste Tchouaffé : J’espère pouvoir décrocher un contrat professionnel dans un club de Pro A et pouvoir gagner du temps de jeu durant la saison. Je pense que si j’ai fait ma quatrième année à l’INSEP, c’est pour pouvoir prouver que je suis apte à jouer en pro. Ensuite, bien sûr, je veux aller en NBA. Donc je travaille pour ça, mais avant tout ça j’ai une saison à terminer en N1. J’ai aussi un championnat d’Europe où nous sommes champions en titre. On espère garder notre titre pour marquer notre histoire et l’histoire du basket français. À la clef, nous avons une qualification pour un Mondial U19. Donc nous partons en mission. Ça va être un bon été, nous parlons que de ça.

– Peux-tu nous parler de tes différentes campagnes en équipe de France jeune ?
Bathiste Tchouaffé : Avec l’équipe de France, tu apprends chaque été. Mon premier championnat d’Europe s’est déroulé en Ukraine. Nous avions fini cinquièmes. Ensuite, avec ma génération, nous avons été champions d’Europe. Par la suite, j’ai été élu meilleur arrière du tournoi. Mon coéquipier Killian Tillie a fini MVP du championnat. Et donc l’été dernier, avec la génération 97, nous avions à cœur de remporter une médaille. Mais malheureusement, nous chutions en quart de finale contre la Grèce chez elle. Pour moi, l’équipe de France est importante. C’est primordial de porter le maillot bleu. Pouvoir le défendre, il n’y a rien de mieux. C’est toujours avec un grand plaisir que je viens chaque été. C’est une aventure humaine et sportive qui est très enrichissante. De plus, cela t’aide quand tu reviens avec ton club, etc.

 

“On fait tous du basket pour être champion NBA”

 

– Si tu avais le choix entre gagner un titre de champion NBA ou remporter un titre avec l’équipe de France A, quel serait-il ?
Bathiste Tchouaffé : Comme Tony Parker le dit, ce sont deux familles différentes. Gagner une compétition en portant le maillot tricolore, pour moi, il n’y a rien de plus beau. J’ai la chance d’être champion d’Europe U16, c’était énorme. Et gagner avec l’équipe de France A, ça doit incroyable. En revanche, on fait tous du basket pour être champion NBA. Dans mon jardin, j’avais un panier et je me faisais des situations de finales NBA où je devais marquer au buzzer pour gagner la série. Mon rêve est d’être champion NBA bien-sûr.

– Nous avons pu te voir à plusieurs reprises sur des photos en compagnie de Nicolas Batum. Peux-tu nous expliquer la relation que tu entretiens avec cette figure importante du basket français ?
Bathiste Tchouaffé : Nicolas est comme un grand frère pour moi. Il m’aide, me conseille et j’en passe. Il n’hésite pas à me dire les choses honnêtement quand ça doit être dit. On a le même caractère, on vient du même pays qui est le Cameroun. Cela nous a rapprochés. Il joue le rôle du grand frère.

– Aux JO, en quart de finale, Nicolas Batum a commis un acte de violence sur Navarro (joueur espagnol), qu’as-tu pensé de ce geste ?
Bathiste Tchouaffé : Le connaissant, il s’en veut. Ce n’est pas dans sa nature de commettre des gestes comme ça, mais je le comprends. Quand tu es en quart de finale contre l’Espagne, qui est ton meilleur rival, et de se faire éliminer des JO, c’est dur mentalement.

– Peux-tu également nous parler de tes relations avec la marque Adidas ?
Bathiste Tchouaffé : J’ai une relation de proximité mais d’ordre personnel.

– Comment tu espères ton avenir dans ce sport ?
Bathiste Tchouaffé : J’espère être un joueur NBA qui représente la France tous les étés et remporter des titres bien-sûr.

– Tu as participé à des camps de basket ?
Bathiste Tchouaffé : Oui j’ai participé à plusieurs camps. Le meilleur camp que j’ai fait était celui de Trévise devant plusieurs scouts NBA.

– Quels sont les joueurs qui t’ont le plus impressionné avec lesquels tu as joué ? Pourquoi eux ?
Bathiste Tchouaffé : Les joueurs avec qui j’ai joué et m’ont impressionné sont Frank Ntilikina et Killian Tillie. On adore jouer ensemble et on a tous les mêmes objectifs. D’abord cet été, nous devons conserver notre titre de champion d’Europe. Nous allons tout faire pour que le basket français se souvienne de la génération 98. Bien sûr, après, il y a des noms comme Luc Loubaki, Jonathan Jeanne et Stéphane Gombauld.

– Si tu avais le choix entre Boris Diaw et Tony Parker dans ton équipe, tu choisirais qui ? Et pourquoi ?
Bathiste Tchouaffé : Je choisirais tout simplement Tony Parker. Parce que c’est le meilleur basketteur français voir européen de tous les temps.

– Quelques mots sur le match France/Espagne durant l’Euro Basket qui se déroulait en France ?
Bathiste Tchouaffé : Que dire sur ce match… C’est Pau Gasol qui nous a gâché notre rêve d’être en finale. C’est un joueur d’exception sur lequel on doit s’inspirer mais c’est le sport. Le sport est un ascenseur émotionnel.

– Si tu désires remercier des personnes, tu peux le faire ici.
Bathiste Tchouaffé : Merci à toi. Puis, je voudrais remercier tous les gens qui m’encouragent, qui croient en moi. Ma route est encore longue et pleine de défis et je compte sur vous pour cela.