Interview réalisée par Anthony Ottou

Salut Elie, peux-tu te présenter à nos lecteurs et nous raconter un peu ton parcours jusqu’à ton arrivée au centre de formation de l’Elan Béarnais ?
Grâce à mon père qui jouait au basket en Nationale 2 à Mérignac, commune proche de Bordeaux, j’ai commencé le basket à l’âge de 3 ans. J’ai joué là-bas jusqu’en minime région où j’ai connu une finale régionale à Pomarez, malheureusement perdue. Puis j’ai signé une année en minime France à Tresses avant d’intégrer le centre de formation des JSA Bordeaux, club phare de Gironde. J’y suis resté deux ans. Durant ma première année, nous avons perdu en finale du championnat de France face à Lille et sur la seconde, nous n’avons pas réussi à nous qualifier pour la phase finale. A titre personnel, j’ai eu le privilège d’intégrer le groupe de Nationale 1 très tôt dans la saison lors ma deuxième année et j’ai donc connu mes premières minutes en pro à 16 ans.

Ensuite, tu as signé à l’Elan béarnais. Pourquoi ce choix ?
Dans un premier temps, je voulais rester à proximité de chez moi. Pau (2heures de Bordeaux) est réputé pour avoir un très bon centre de formation. Dès que les dirigeants palois m’ont contacté, je n’ai pas hésité une seule seconde. Aujourd’hui, je n’ai aucun regret et je suis très heureux d’être ici.

Tu fais partie des meilleurs marqueurs du championnat avec 16.6 pts/match alors que tu n’es que première année espoir. Que penses-tu de tes performances depuis le début de saison ?
L’an dernier, alors que j’étais encore cadet, le coach m’a donné des responsabilités en espoir. Il me disait de jouer mon jeu sans me poser de questions, malgré le fait que j’étais l’un des plus jeunes. J’ai eu la chance de bien m’intégrer dans un groupe de joueurs qui se connaissent par cœur, qui jouent ensemble depuis très longtemps et qui ont surtout déjà gagné plusieurs trophées ensemble. J’ai fait de très bons matchs, d’autres un peu plus moyens mais je n’ai jamais perdu la confiance du staff et de mes coéquipiers. Cette saison, je me sens encore plus fort même si je dois être plus régulier dans mes performances. Je suis quand même content de mes prestations depuis le début du championnat, mais je ne souhaite pas m’arrêter là.

Collectivement, vous avez fait un début de saison tonitruant, avec 11 victoires de rang. Actuellement, vous êtes 1er ex-æquo avec Chalon sur Saône. Quels sont les objectifs que le groupe s’est fixé ?
C’est vrai que nous avons très bien commencé la saison. 11 victoires d’affilée avec de gros écarts. Nous avons joué avec beaucoup de confiance. Cette année, c’est une évidence, nous souhaitons ramener le trophée du futur à Pau. L’an dernier (défaite contre Gravelines) nous nous sommes arrêtés en quart de finale. Je pense que nous avons l’équipe et surtout le potentiel pour aller au bout. J’y crois, toute l’équipe y croit. Nous nous entrainons durement tout les jours pour réaliser cet objectif.

Dans quels secteurs de jeu penses-tu avoir la plus grande marge de progression ?
Comme je le disais plus haut, je dois gagner en régularité. Je manque encore un peu de lucidité en fin de match avec la fatigue. Mes décisions sur le terrain doivent être prises beaucoup plus rapidement : par exemple, attaquer le cercle en pleine vitesse ou être plus performant après la prise d’écran. Mais je veux surtout progresser défensivement car j’aspire à être un joueur capable d’être efficace des deux cotés du terrain.

Il y a de très fortes individualités dans l’équipe. Si tu devais « créer » le joueur parfait, quelles sont les qualités que tu prendrais à chacun de tes coéquipiers ?
C’est difficile car tous mes coéquipiers ont beaucoup de qualités notamment au niveau de la dureté offensive et défensive. Mais si je dois en retenir, je prends l’intensité et l’agressivité de Léo Cavalière, l’élégance et la fluidité de Corentin Carne, la polyvalence de Lucas Dussoulier, la vitesse de Alex Moisy et pour finir mon shoot il reste quand même mon point fort (rires).

Tu es capable de couvrir le poste 1-2. Mais toi quel poste préfères-tu jouer ?
Il m’est arrivé cette saison pour rendre service à l’équipe de jouer au poste de meneur de jeu par exemple pour pallier l’absence d’Adrien (Labanere) et pour soulager Alex (Moisy). Mais personnellement, je me sens plus à l’aise sur le poste 2, qui reste tout de même mon poste de prédilection. Je souhaite continuer à me former sur le poste 1 et gagner en polyvalence.

Le 5 décembre dernier, tu as connu tes premières minutes en Pro A au Palais des sports. Quelles ont été tes premières impressions quand tu as foulé le parquet ?
J’avais déjà connu une entrée en jeu en Pro A quelques semaines plus tôt face à Paris Levallois, mais c’est vrai que mon entrée contre Orléans ont été mes premières minutes au Palais. J’ai ressenti beaucoup d’adrénaline mais aussi un peu de stress. Le public est derrière toi, prêt à soutenir le petit jeune de l’équipe qui va faire son entrée et connaître ses premières minutes dans cette mythique salle. J’ai su m’appliquer et montrer que j’étais capable d’être productif. J’en suis très fier mais je ne compte pas m’arrêter là.

Tu as aussi connu la victoire lors de ton premier classico face au CSP dans une superbe ambiance ? Quels souvenirs gardes-tu de ce match ?
Ça été une superbe journée pour moi. Déjà pendant le match des espoirs que nous avons aussi gagné, il y avait du monde. Les supporters étaient venus en avance pour nous encourager. On a tout fait pour qu’ils soient contents de nous et pour qu’ils reviennent nous voir jouer plus souvent. Cela fait toujours du bien de pouvoir s’exprimer devant du monde surtout en espoir, ça te donne beaucoup de confiance. Le soir, en effet c’était mon premier classico sur le banc avec le groupe pro. J’avais déjà connu ce genre de choc l’an dernier mais dans les tribunes avec mes amis. Il faut savoir je porte le numéro 0, donc je suis rentré en premier dans une salle obscure et pleine de monde. Ca ressemblait un peu à une ambiance NBA, beaucoup de bruit j’en avais des frissons. J’espère que ce classico est le premier d’une longue série.

Tu fais partie du groupe pro depuis le début de saison. Comment est l’ambiance au sein du groupe qui aujourd’hui est un prétendant aux play-offs en Pro A ?
Oui en effet, je m’entraîne quotidiennement avec le groupe. Déjà l’an dernier, avec Claude Bergeaud, je participais à quelques entraînements pour pallier certaines blessures. Cette saison j’ai intégré l’équipe dès le départ, nous formons un vrai groupe, j’ai beaucoup de plaisir à apprendre dans une telle équipe. Grâce à nos 3 victoires d’affilée, nous nous rapprochons de la 8ème place (qualificative pour les play-offs). Nous avons confiance en nous, en notre potentiel. Nous avons fait de très bons matchs à l’extérieur contre des grosses écuries du championnat même si nous les avons perdus. Prenons les matchs comme ils viennent, jouons les à fond et la fin de saison livrera son verdict.

JK Edwards ou Yannick Bokolo sont deux joueurs avec beaucoup d’expériences. Quels sont les conseils qu’ils te donnent à l’entraînement pour qu’un jour tu puisses pourquoi pas avoir la même carrière qu’eux ?
JK Edwards en tant que capitaine, me donne beaucoup de conseils, comme à l’ensemble du groupe. Il m’aide à me placer en défense, m’explique comment bien prendre les écrans. C’est l’âme de cette équipe, il est très important. Yannick c’est différent, nous sommes sur le même poste donc on se retrouve souvent en opposition à l’entraînement. Il fait partie des meilleurs joueurs français de la division et il a surtout connu de grandes campagnes avec l’équipe de France, je l’écoute beaucoup. La jeune génération que nous sommes a la chance de recevoir des conseils de tels joueurs.

La saison prochaine, toujours palois ?
Pour l’instant, je me concentre sur cette saison, mais faut savoir que je me sens bien à Pau. J’ai la chance d’évoluer dans un club où les coachs me font confiance. Je pense qu’en restant à Pau, j’aurais la possibilité de démontrer que j’ai les capacités pour m’exprimer en Pro A. Je dois continuer à travailler, et je me sens bien entouré pour le faire dans ce club. Une expérience à l’étranger ? pourquoi pas :la culture du basket est différente de celle que l’on peut trouver en France. Mais pour le moment, je préfère me concentrer sur la fin de saison et sur les nombreux objectifs fixés.

Tu as participé aux stages de l’équipe de France u17 et U18 ? Que retiens-tu de ces stages et surtout pourquoi d’après toi tu n’as pas été retenu ?
C’était une très bonne expérience, j’ai beaucoup appris au contact de très bons joueurs français. J’ai aussi eu de la chance d’affronter de très bonnes nations européennes. Malheureusement, les deux fois je n’ai pas été sélectionné pour la compétition, mais j’ai engrangé beaucoup d’expérience durant ces deux étés, ce qui me permet aujourd’hui d’être performant sur le terrain.

Le championnat d’Europe U20 cet été : un objectif pour toi ?
Oui tout à fait, je l’ai dans un coin de ma tête. Après, je suis lucide sur le fait qu’il y a beaucoup de concurrence à mon poste. Mais je vais tout donner comme je fais depuis le début de saison. Si je suis pré-sélectionné, alors je donnerai le meilleur de moi même pour participer à cette compétition. En équipe de France, Je pourrai retrouver Léo, Corentin, Lucas, et représenter mon pays avec mes amis me rendrais encore plus fier. Je ne me mets pas de pression supplémentaire car j’ai encore l’an prochain pour y participer (1997).

As-tu un modèle dans le basket ?
Oui j’aime beaucoup James Harden. Il est gaucher, poste 2 comme moi. C’est un joueur que j’admire en attaque car il arrive à créer son shoot comme très peu de joueurs NBA savent le faire. Il doit progresser en défense, mais sa façon de jouer me plaît énormément. J’essaie de m’identifier à lui, pour moi il est l’un des tous meilleurs joueurs de la planète.

Merci de m’avoir accordé du temps Elie, si tu souhaites remercier les personnes qui ont fait de toi le joueur et l’homme que tu es, ces quelques lignes sont pour toi..
Je souhaite tout d’abord remercier mes parents. Mon père qui m’a toujours soutenu et guidé sans jamais me contredire dans mes choix. Ma mère, mes frères et sœurs qui viennent me voir jouer très souvent et qui me soutiennent énormément. J’ai aussi une pensée pour tous les coachs qui ont cru en moi. Jamel mon premier coach, Romain Carrasset que j’ai malheureusement eu qu’une seule saison, Jean Yves Jannin avec qui j’ai énormément appris, Arnold Boazza que j’ai retrouvé ici à Pau, Alexandre Palfroy qui m’a donné ma chance en Nationale 1 avec la JSA. Je n’oublie pas non plus Claude Bergeaud qui m’a permis de m’entraîner avec les pros l’an dernier. Et pour finir je remercie mes entraîneurs actuels qui ont confiance en moi et qui me conseillent tous les jours pour grandir dans mon sport afin que je puisse réaliser mes rêves.