Aux Etats-Unis depuis cinq mois, l’ailier-fort congolais Gracin Bakumanya (2m11, 19 ans) évoluera en D-League cette saison avec les Northern Arizona Suns, l’équipe affiliée des Phoenix Suns. Mais avant d’obtenir un contrat dans l’antichambre de la NBA, l’ancien antibois a multiplié les workouts et essais avec plusieurs franchises américaines. Au cours d’un entretien qu’il nous a accordé, l’intéressé est revenu sur son été chargé, son choix de quitter la France et ses ambitions pour l’avenir.

Vous êtes arrivé début juin aux USA dans l’objectif de préparer la draft NBA. Comment se sont déroulés les workouts ?
J’en ai effectué quatre. Le premier a été avec les Houston Rockets et ça s’est très bien passé. Puis j’ai été invité à Milwaukee, Utah et Boston. On me disait que tout ce que je faisais était bien. Après ça, San Antonio et Golden State m’avaient aussi appelé mais je n’ai pas pu m’y rendre car le timing était trop juste avant la draft.

Vous avez donc décidé de conserver votre nom à la grande messe annuelle du basket américain, mais vous n’avez finalement pas été retenu par une équipe le jour J. Comment avez-vous vécu cette situation ?
J’avais des moyens d’être drafté donc j’étais déçu sur le moment. Surtout par rapport au plaisir que ça procure quand on appelle ton nom, la cérémonie qu’il y a autour de ta sélection. J’ai travaillé dur dans ma vie pour arriver là où je veux aller. Mais être drafté ne signifie pas avoir une garantie de temps de jeu de 30 minutes en NBA et être performant à chaque match. Ca ne m’empêche pas de travailler, au contraire ça m’a apporté encore plus de motivation. Actuellement, je travaille plus que jamais. Plus que demain.

Vous avez ensuite rebondi avec les Houston Rockets pour disputer la Summer League de Las Vegas. Comment s’est déroulé votre expérience avec la franchise texane ?
Avant la Summer League, je me suis préparé à Houston avec l’équipe pendant une semaine. Ensuite, pendant la ligue d’été, on disputait des matchs. Généralement, les jours où on en avait pas, on avait entraînement. Parfois, c’était day off. Malheureusement, on a pas eu la chance d’aller loin dans la compétition, puis chacun est reparti de son côté. Globalement, c’était une bonne expérience pour moi. J’étais avec de jeunes joueurs. Certains comme Michael Beasley et Montrezl Harrell me montraient l’exemple. Clint Capela aussi m’a beaucoup conseillé par téléphone pour que je puisse me servir de son expérience.

Que faisiez-vous quand vous n’étiez pas au contact d’une équipe NBA ?
Je me suis entraîné tous les jours à Miami, lieu de mon camp de base. Les dimanches de repos que je me suis accordé ont été rares. J’ai surtout réalisé beaucoup d’entraînements individuels avec un coach personnel. Mais j’ai également effectué des entraînements physiques sur la plage avec Chris Andersen et d’autres gars pour travailler le cardio, la détente, etc. Par ailleurs, je me suis aussi entraîné pendant plusieurs jours avec des joueurs de l’Université de Miami, d’autres provenant des Milwaukee Bucks. Ca s’est très bien passé.

Durant l’été, en attendant qu’une nouvelle opportunité se présente aux Etats-Unis, avez- vous pensé à revenir en Europe ?
Non. Dès que je suis parti d’Antibes, je ne pensais plus à retourner en Europe. Je cherchai plutôt une équipe aux USA pour jouer en D-League. C’était mon ambition.

Finalement, courant septembre, les Phoenix Suns vous ont proposé un contrat NBA non- garanti en intégrant leur roster pour le training camp. Un bon moyen pour progresser et faire un premier pas dans la grande ligue ?
Oui j’ai eu cette chance, une opportunité à saisir. J’ai tout le temps été avec l’équipe. J’ai pu me mesurer face à Tyson Chandler, qui est un exemple à suivre pour moi. A chaque fois, il ramenait l’énergie dans l’équipe et parlait. De mon côté, ça me motivait à faire tout ce qu’il faisait. J’ai 19 ans et lui 34 ans mais il criait comme s’il était très jeune. Il m’a aussi donné de très bon conseils, m’a apporté son expérience.

Vous avez ensuite fait la bascule depuis une dizaine de jours avec les Northern Arizona Suns. Comment ça se déroule ?
On prépare le camp de la D-League. On a deux entraînements par jour, à base de beaucoup de travail individuel en attendant que l’effectif affiche complet. Dix coachs sont à notre disposition. Ca se passe bien, ils m’aident à progresser et me poussent. Je travaille différents aspects de mon jeu : la défense, le renforcement musculaire pour être plus solide dans l’absorption des contacts, etc.

La saison va débuter d’ici deux semaines. Quelles seront vos ambitions personnelles ?
Tout d’abord, je souhaite dire que je suis vraiment prêt pour ça. J’aimerai être dans le cinq majeur, faire une très bonne saison en D-League. C’est un championnat compétitif et de développement, avec des joueurs qui ont les capacités pour évoluer en NBA. Certains joueurs passés par la D- League réalisent de très bonnes performances en Euroleague et en NBA aujourd’hui. Ca joue vraiment dur et ça défend, des gars y jouent leur vie !

Pour terminer, que diriez-vous aux personnes qui pensent que vous êtes parti trop tôt tenter votre chance aux USA ?
Je n’étais pas sûr d’avoir beaucoup de temps de jeu. Aussi, j’avais peur de m’éterniser en France et d’arriver tardivement en NBA, à 24 ou 25 ans par exemple. J’avais vraiment envie de partir et je me suis forcé à bien finir ma saison à Antibes avant de le faire. Je pense que la D-League va beaucoup m’aider. Aucun joueur dans cette compétition ne va te laisser faire ce que tu veux sur le terrain. De plus, ça va me permettre d’avoir la mentalité américaine et m’y habituer. Beaucoup de joueurs européens qui arrivent en NBA ne parviennent pas automatiquement à s’habituer dans leur système, leur style de jeu. J’ai la chance de pouvoir jouer en D-League, ce qui me permettra de ne pas perdre de temps avec ce genre d’aspects lorsque j’intégrerai la grande ligue et donc être performant de suite au moment venu. En cinq mois passées aux Etats-Unis, j’ai déjà énormément progressé. Je me sens à l’aise dans mon jeu comme jamais je l’ai été auparavant. J’ai encore des progrès à faire mais ma mentalité et ma façon de jouer ont changé de façon positive. Je suis vraiment béni d’être ici et de travailler avec toutes les personnes que je côtoie.