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ITW Mam Jaiteh : “A Nanterre, il n’y a pas de limite”

Publié par le 2 novembre 2015               

Interview réalisée par Alexandre Daumur-Smith.

– Salut Mam. Merci de nous accorder de ton temps. Nous allons aborder différents sujets comme l’équipe de France, la JSF Nanterre, la NBA…
– Salut Alexandre. C’est avec plaisir. Oui allons-y.

– ÉQUIPE DE FRANCE –

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– Comment as-tu appris que tu allais rejoindre le groupe France pour l’euro suite à la blessure d’Alexis Ajinca ?
– Je ne l’ai pas appris directement puisque je m’entrainais avec mon club, la JSF. Le premier à être appelé ça a été mon coach pour savoir où j’étais et car je n’avais pas pu répondre aux appels sur mon téléphone. L’entraîneur m’a laissé terminer mon entraînement et m’a ensuite annoncé la nouvelle. J’étais super content mais au début, je n’y croyais pas vraiment. Je lui ai demandé concrètement si c’était vrai ou si c’était une blague ! Il m’a répondu que non non c’était sérieux. J’étais super content. Le lendemain matin, j’ai pris le train pour aller rejoindre l’équipe à Strasbourg.

– Tu arrives suite à une blessure, tu n’étais pas censé être dans le groupe final. Aucun malaise ne s’est installé lors de ton arrivée ?
Non il n’a y eu aucun malaise. Je pense qu’au contraire tous les gars étaient contents de me voir. J’avais passé une très bonne prépa avec eux, j’ai appris à les connaître. Les relations étaient très bonnes. Donc ça a fait plaisir à tout le monde et j’étais vraiment à l’aise tout au long de la compétition.

– En quoi cette expérience a-t-elle été bénéfique ? Qu’y as-tu appris ?
J’ai appris ce qu’était le très très haut niveau. Je pense qu’il n’y a pas de meilleur apprentissage que le fait de vivre l’événement. Moi j’ai eu la chance que ça m’arrive. Ça a été un apprentissage vraiment énorme aussi bien en dehors que sur le terrain.

– Est-ce que l’apprentissage peut très bien se faire malgré un très faible temps de jeu comme tu as pu avoir ?
Oui c’est sûr. J’étais vraiment là comme je savais, je n’étais pas spécialement attendu. Donc être là ce n’était que du bonus pour moi. C’était vraiment un détail pour moi le fait de ne pas beaucoup jouer. Je me tenais prêt à chaque match, après la décision du temps de jeu revient au coach. Ce n’était pas une priorité pour moi le temps de jeu. Je cherchais vraiment à apprendre en voyant comme les gars abordaient les choses sur le terrain.

– Pendant cet Euro, nous avons vu Tony Parker réussir un tir lui permettant de devenir le meilleur marqueur de l’histoire de l’Euro Basket et toi marquer tes premiers points avec le maillot bleu de l’équipe de France A durant la préparation. Tu ressens quoi quand tu marques tes premiers points ?
Un énorme plaisir, une énorme fierté. Moi, j’ai commencé le basket assez tard. Quand on sait que j’ai commencé le basket un peu par hasard parce que j’étais grand et 6 ; 7 ans après me retrouver là, c’est juste un plaisir qui est indescriptible.

– Comme tu viens de le dire, tu as commencé tard le basket, tu es jeune. Tu n’as pas participé à toutes les sélections jeunes, tu n’as pas eu accès à toutes les équipes de France jeune. Est-ce que tu te rends compte des grands joueurs avec lesquels tu as évolué lors de cette compétition européenne ?
J’évite de m’en rendre compte. C’est une volonté de ma part. Je n’ai pas spécialement l’envie de m’en rendre compte. J’essaie de profiter un maximum du moment. Je pense que d’essayer de se rendre compte de cela ça créerait un frein au moment même. J’ai vraiment essayé de profiter des moments au maximum en me disant que je suis là, je ne dois pas avoir de regret, faut tout vivre à 100%. J’étais dans cet état d’esprit là toute la compétition.

– Pour le match de demi-finale contre l’Espagne, beaucoup de personnes ont critiqué l’arbitrage qui aurait favorisé Pau Gasol. Qu’en penses-tu ?
Les équipes nationales sont toutes au même niveau. Même si souvent l’équipe hôte est avantagée par l’arbitrage, ce qui peut se comprendre ou pas. Je pense que ça n’a jamais été le cas en France. La France n’a jamais été un pays avantagé. Au contraire, on a été défavorisé. Pau Gasol a été énormément protégé, ça n’a pas été le cas de Tony. Donc à partir de là, l’arbitrage est critiquable. Après il ne faut pas tout mettre sur le dos de l’arbitre. Ce qu’il faut retenir c’est qu’il y a eu une défaite et c’est le plus important…

– Beaucoup de personnes ont également critiqué la prestation de Tony Parker durant cette compétition européenne. Que leur réponds-tu ?
Je dirais à ces personnes que d’un côté elles ont raison dans le sens où… Enfin non ! Je dirais tout simplement que c’est une chose qui est ingrat de critiquer un tel homme. Parce qu’il a mis la France dans les rangs des tops niveaux européens, ce qui n’était pas le cas avant lui. Avant qu’il arrive en équipe de France. Donc à partir de là on ne peut pas le critiquer. Après c’est vrai qu’il n’a pas été bon. Il faut aussi le savoir. Mais on ne peut pas critiquer un tel personnage.

– Après cette lourde défaite face à l’Espagne, comme le groupe et toi faites vous pour oublier un minimum et relever la tête pour le match de la troisième place qui est très important car tout un public est présent, une salle a été faite pour vous, de nombreuses personnes vous suivent… Et c’est un match contre la Serbie qui est une très grosse équipe. Comment on fait pour se relever ?
Le but, c’était d’être champion. Ça été une grosse désillusion, une grosse gifle. C’est là où on voit à quel point les compétiteurs sont de très très haut niveau. C’est que malgré cette défaite ils se sont remobilisés très vite pour aller chercher une médaille pour le public et pour la France tout simplement.

– Après cette médaille de bronze gagnée contre la Serbie, Tony Parker a tenu un discours dans les vestiaires en parlant du tournoi de qualification olympique et les JO de 2016. Dans un futur proche, la meilleure chose pour toi serait de gagner un titre NBA ou d’aller aux JO et de remporter une médaille ?
La meilleure chose qui puisse m’arriver dans un futur proche c’est de continuer mon aventure avec les Bleus et confirmer ça avec une très bonne saison avec Nanterre.

– Quels sont les joueurs qui t’ont le plus guidé lors de ton aventure avec les bleus cet été aussi bien pour le jeu, pour l’organisation, pour les structures ?
Le groupe était très bon. Comme je l’ai dit, j’ai été très très bien accueilli par tout le monde. C’est assez difficile à dire… Mais je pense que ceux qui m’ont le plus aidé ça reste quand même Boris, Nando et aussi un peu Evan. Ce sont vraiment les trois qui m’ont le plus aidé, donné des petits conseils. Ça fait toujours, ça aide énormément et ça fait gagner beaucoup de temps.

– Deux documentaires « intérieur sport » ont été produits sur cette équipe de France pour l’Euro à domicile. Comment se passe le rapport aux caméras ? Tu les oublies vite ?
Ils sont discrets. Tout comme les joueurs, ce sont des professionnels. Donc il n’y a eu aucun souci. Ils étaient souvent avec nous mais ils arrivent à se fondre dans la masse et à être discrets. Tout s’est très bien passé.

– As-tu vu ces documentaires ? Qu’en as-tu pensé ?
Oui je les ai vu. Ils sont très biens. Ça permet de montrer à tout le monde ce qui se passe en équipe de France à l’intérieur.

– JSF NANTERRE –

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– Ta troisième saison avec la JSF Nanterre a débuté depuis peu. Quels seraient les trois mots qui définissent le mieux ce club d’après toi ?
FAMILIALE car le club est une grande famille. Tout le monde s’entend bien et une vraie entraide existe.
RESPECTUEUX car ils ont de certaines valeurs humaines qui font qu’on ne retrouve pas ça dans tous les clubs. COMPÉTITIF avec les années. On a pu voir que Nanterre a gagné des titres et je pense que s’il n’y a pas d’esprit compétitif il n’y aura pas ces titres-là.

– Comment décrirais-tu l’évolution que le club a connue au cours de ces trois années ?
La salle a beaucoup évolué (3 000 places), tu vois clairement que le club cherche à aller de l’avant tel un compétiteur, ce qui fait que les résultats suivent. Je pense que c’est de bon augure pour la JSF Nanterre.

– Quels sont tes objectifs individuels pour collectifs pour cette saison ?
Je dois continuer à travailler dur pour continuer à progresser. Ensuite, pour l’équipe, c’est aller le plus loin possible en EuroCup et jouer les playoffs avec Nanterre pour pouvoir espérer un titre de champion à la fin de l’année.

– Quel rôle endosses-tu dans cette équipe ?
Je fais partie des leaders. Ca fait trois ans que j’y joue maintenant. Il y a aussi Jérémy (Nzeulie) et Mykal (Riley) qui sont avec moi les trois un peu plus anciens du groupe. Juste à côté des plus jeunes. Une certaine relation avec l’entraineur est là. Qui fait que je le connais très bien. Justement c’est de pouvoir confirmer ce rôle et ma place pour cette saison.

– Comme tu l’as évoqué, ce club est familial. Depuis longtemps, la famille Donnadieu le gère. Penses-tu qu’il est important que Nanterre garde cet esprit ?
Je ne sais pas… Je pense qu’à Nanterre il n’y a pas de limite, ils l’ont démontré avec les années. Donc si un choix ou une décision est pris, je pense que ça sera bien réfléchi. Et je fais confiance aux dirigeants s’il y a une décision à prendre.

– DRAFT NBA –

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– Au moment où tu comprends que tu n’es pas sélectionnée lors de cette draft ? Quelles sont les premières choses que tu te dis ? Tu penses avoir mal fait tes workouts ou tu prends plutôt cela comme une source de motivation ?
Mes workouts se sont très bien passés. J’ai été performant dans la plupart des workouts, je n’ai pas de regrets là-dessus. Maintenant la première réponse ça a été de penser à la saison à venir et j’espère en sera une grosse. Ça a été ma première réaction. Il n’y a pas grand-chose à dire… C’est vraiment l’objectif depuis cette Draft NBA.

– Tu prends plutôt ça comme une source de motivation ?
C’est ça ! J’ai encore des choses à faire et ce que je garde en tête pour bien les faire !

– Comment espères-tu ton avenir avec la NBA ?
Mon objectif c’est de pouvoir y retourner. Maintenant ça passe par une grosse saison avec Nanterre aussi bien en Pro A qu’en EuroCup.

– Ça fait un moment qu’on se connaît, tu as été une des premières personnes avec lesquelles j’ai réalisé une interview. Dans le basket français, tous connaissent ton potentiel. A 17 ans tu étais déjà meilleur joueur de Pro B, ton potentiel est reconnu. Comment expliques-tu que beaucoup de joueurs, dont toi, sont plus facilement accepté dans des équipes européennes que dans des équipes en NBA ? Pourquoi est-ce que la NBA reste très difficile d’accès même pour des joueurs qui en ont le potentiel ?
Oui en effet, je me souviens de cette interview. Je pense que, déjà, la compétition y est énormément relevée. Je pense que là-bas il y a beaucoup de politiques en plus de ce niveau très relevé qui font que l’accès est très difficile. C’est un équilibre à avoir. Il y a plein de personnes qui sont passées à côté car elles n’avaient pas cet équilibre-là. Il n’y a pas de vérité. Certains y arrivent sans le mériter et d’autres n’y arrivent jamais alors qu’ils le méritent… Chacun est différent. Il n’y a pas de régularité.

– AUTRES QUESTIONS –

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– Quel est le joueur que tu préfères entre Stephen Curry et LeBron James ? Pourquoi ce choix ?
LeBron James. Pour moi, il représente une quasi-perfection par rapport à son jeu. C’est vraiment un grand joueur qui est complet.

– Plusieurs fois j’ai lu que pour certaines personnes, LeBron James était un bon joueur mais qu’il a toujours été entouré de superstars (Shaq, D-Wade, Bosh, Kyrie Irving…). Et ces personnes pensent que LeBron James dans une équipe sans autre superstar que lui ne serait pas aussi performant et qu’il aurait du mal à aussi bien jouer. Tu penses qu’ils ont raison dans leurs propos ?
Je pense qu’ils ont tord. Car justement la qualité de LeBron James c’est de faire briller les autres. Il l’a toujours montré et dans l’histoire on voit qu’avant d’être un scoreur c’est quelqu’un qui joue pour les autres. Parfois les gens oublient cela. C’est quelqu’un qui ne prend pas d’emprise et qui fait en sorte de faire briller les autres. Et à titre comparatif, si on parle de Jordan ou même de Stephen Curry ou encore de Kobe Bryant, ils n’ont jamais été seuls. N’importe quel joueur doit avoir des bons soldats pour pouvoir atteindre son but.

– Penses-tu qu’aux JO de Rio il y aura des équipes capables de battre la Team USA en match ?
Je pense que cela sera très dur. Je ne pense pas. Ce serait très très compliqué. Si ça arrive, ça serait vraiment un exploit.

– Tony Parker explique pourtant que l’équipe de France peut jouer les USA les yeux dans les yeux sachant que dans l’équipe de France il y a un très grand nombre de joueurs NBA et athlétiques. Penses-tu que vous seriez capable de les tenir ?
Sur un match tout est possible ! Donc comme je l’ai dit ça serait un exploit. Il n’y a aucune façon de battre les États-Unis sans faire un exploit donc comme je le dis, si ça arrive c’est un exploit !

– Quel est ton meilleur souvenir sur un terrain de basketball ?
Mh… Notre victoire de l’EuroChallenge l’année dernière avec le tir au buzzer de TJ Campbell.

– Et ton moins bon souvenir ?
Probablement la défaite contre l’Espagne cet été. Ca a été le moment le plus dur. Grande désillusion.

– Quel est le joueur contre lequel tu as joué qui t’a le plus impressionné ?
Pau Gasol cet été… C’était juste… Qu’est-ce que tu pouvais dire ? C’était juste… Tu pouvais juste admirer ce qu’il faisait. Tu pouvais être haineux envers lui, tout ce que tu veux. Mais le gars était juste inarrêtable. Tu vois ?

– As-tu des modèles dans le basketball ?
J’aime beaucoup Tim Duncan. J’admire sa connaissance du jeu, son placement, son intelligence, ce sont des choses que j’admire. C’est vraiment un modèle pour moi.

– Il y a quelque temps, le basket s’intéressait à savoir si Michael Jordan et LeBron James s’affrontaient en un contre un à âge égal qui gagnerait. Tu penses que LeBron James aurait gagné ?
Je pense que ce sont des choses qui ne sont pas comparables. Parce que les époques sont différentes donc c’est impossible à savoir. Aucune personne ne peut comparer ça et dire qui serait le plus fort. C’est deux légendes à deux époques différentes.

– Merci à toi Mam pour cet entretien !
Pas de soucis, de rien Alex.

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