Ayant été formé au lycée aux côtés de grands noms actuels de la NBA, tels que Ben Simmons, D’Angelo Russell ou encore RJ Barrett, le jeune meneur de jeu français Kevin Cham (1m82, 22 ans) n’a ensuite pas connu la même réussite que ces trois anciens coéquipiers. Il faut dire que ces athlètes sont des prodiges, comme il en existe peu. Malgré tout, le natif de Versailles est tout de même parvenu à intégrer l’univers du basket professionnel, à un niveau simplement moins élevé à l’heure actuelle que ces camarades cités ci-dessus. Doté sur son CV d’expériences à l’international peu communes pour un joueur français de son âge, l’ex joueur de Montverde (Etats-Unis), Torrelodones (D4 espagnole), Monaco (Jeep Elite/Espoirs) et dernièrement Nevezis (D1 lituanienne) est à la recherche d’un nouveau challenge. En France ou à nouveau à l’étranger… Entretien !

Kevin, pour commencer, comment s’est déroulée ta saison en Lituanie ?
Kevin Cham : Franchement, c’était une bonne expérience pour moi. J’ai beaucoup appris. On sait bien comment ils jouent au basket dans ce pays. Ils connaissent vraiment ce sport et m’ont vraiment aidé. J’ai eu des hauts et des bas pendant la saison. J’avais bien commencé et au fur et à mesure, j’ai eu une petite baisse, un trou où j’ai beaucoup moins joué. Vers la fin, je commençais à regagner du temps de jeu et mon niveau, etc. Après, avec le virus, le championnat a été arrêté.

A ce sujet, quelle a été la décision sur le moment des dirigeants du championnat et du club dans lequel tu évoluais vis à vis du COVID ?
Kevin Cham : La saison a directement été stoppée. Ils n’ont pas cherché à comprendre. Dès qu’ils ont entendu parler du coronavirus, les frontières ont tout de suite été fermées en Lituanie. On sortait d’un match le samedi, et nous ont dit que la suite de la saison était incertaine à cause du virus. On a eu un repas en équipe, puis j’ai parlé au GM qui m’a informé de la fermeture des frontières le lundi suivant. Le club m’a donné mon billet d’avion pour revenir en France le dimanche. Donc j’ai pu rentrer chez moi à Versailles, avec ma famille. Ça s’est bien passé.

As-tu pu conserver ta forme physique durant cette période très particulière ?
Kevin Cham : Pendant le confinement, je me suis entraîné chez moi, mais uniquement physiquement. Je n’ai pas eu l’occasion d’aller sur un terrain ou un parc à côté. Je suis bien resté chez moi, je faisais attention, surtout par rapport à ma famille. Je ne voulais pas leur transmettre le virus. Ensuite, dès que j’ai entendu que les sportifs de haut niveau pouvaient voyager à plus de 100 kilomètres, je suis allé à Monaco pour m’entraîner et m’entretenir physiquement. On faisait des workouts dehors, avec le préparateur physique du club.

A 22 ans, tu as déjà joué aux États-Unis, en Espagne, à Monaco, en Lituanie… Quels avantages retires-tu de toutes ces expériences assez atypiques à l’étranger pour un basketteur français ?
Kevin Cham : Ça m’apporte beaucoup de nouvelles choses, différents styles de jeu. Mais aussi beaucoup de connaissances. Chaque pays a sa façon de voir les choses. J’aime bien apprendre. Je veux juste aller dans un club où on va me faire confiance, où je vais pouvoir m’exprimer et surtout apprendre. Je suis jeune et je dois apprendre.

L’an dernier, après deux saisons dans le championnat français avec le maillot de l’AS Monaco, n’avais-tu pas des opportunités intéressantes en France ?
Kevin Cham : J’avais quelques propositions. Par exemple, j’aurai pu rester à Monaco. Mais il me fallait une garantie de temps de jeu car je suis jeune et il faut que je joue. Mon agent m’a conseillé la Lituanie, où j’allais avoir entre 15 et 25 minutes de temps de jeu en fonction de mes performances. J’ai eu ma chance pour me montrer. Comme je l’ai dit, j’ai eu des hauts et des bas pendant la saison mais franchement, c’était une superbe expérience. J’ai pu jouer à un haut niveau avec du temps de jeu.

As-tu été impressionné par le Zalgiris Kaunas et tout ce qui entoure ce club, les infrastructures, les fans, etc. ?
Kevin Cham : C’est quelque chose. Franchement, la salle de Kaunas m’a vraiment impressionné. C’est comme une salle NBA, il y a beaucoup de public. Le Zalgiris, c’est un très gros club, très respecté en Lituanie. Tout le monde les regarde comme s’ils étaient des Dieux. C’est toujours cool de croiser une équipe comme celle-ci, parce que l’on est toujours les « outsiders ». Tout le monde pense que l’on va se faire battre facilement. Donc pour nous, c’est un challenge de pouvoir nous affronter à des joueurs Euroleague. Premièrement, ça nous permet de voir notre niveau personnel, de voir si plus tard on pourrait jouer à un tel niveau.

Sur le plan collectif, la saison de ton club ne s’est probablement déroulée comme prévu avec seulement 6 victoires en 24 matchs. Peux-tu nous parler de la composition de l’équipe ?
Kevin Cham : Malheureusement, on a eu beaucoup de défaites. Notre effectif était composé de beaucoup de jeunes joueurs. Il y avait deux grecques, les jumeaux Kalaitzakis qui sont nés en 1999, il y a moi qui est né en 1998, Viny Okouo qui est un intérieur né en 1997. On avait aussi un joueur lituanien né en 1997 mais qui est parti en Espagne au cours de la saison. On était 5-6 joueurs ayant la vingtaine. Les autres, qui étaient exclusivement des joueurs locaux, avaient 26, 27, 28 ans. Aussi, notre capitaine avait 33 ans.

Dans ces conditions, a-t-il été facile de s’intégrer dans le groupe ?
Kevin Cham : L’intégration a un peu été difficile. Il y avait les Lituaniens d’un côté, les étrangers de l’autre. On essayait de se connecter. Au fur et à mesure de l’année, ça s’est un peu amélioré même si avec les défaites, ça n’a pas arrangé les choses. Malgré tout, ça reste une bonne expérience.

Et au niveau culturel, l’anglais est-il maitrisé en Lituanie sur et en dehors des parquets ?
Kevin Cham : Au niveau du basket, ça va. Le coach et les joueurs parlaient bien anglais. Mais en dehors de ça, j’étais dans un petit village, et ça ne parlait pas beaucoup cette langue. En Lituanie, ça dépend les endroits où tu vas. Dans les grandes villes comme Kaunas ou Vilnius, ça s’exprime bien en anglais. Mais dans les villages, ça ne parle pas ce langage. De plus, il n’y a pas beaucoup de personnes de couleur là-bas, du coup tout le monde te regarde bizarrement. Parfois, ce n’est pas très confortable, mais tu t’y habitues et tu essayes de ne pas faire attention à ce genre de choses.

Étais-tu accompagné au quotidien par un ou plusieurs proches durant cette aventure à l’étranger ?
Kevin Cham : J’étais tout seul dans mon appartement. Franchement, ça a été une année très très difficile pour moi mentalement. Parce que, justement, quand ça n’allait pas bien au basket, j’étais tout seul. J’appelai ma famille. J’avais l’habitude d’être tout seul, ça fait maintenant huit ans que je suis parti de chez moi. J’ai eu des trous là-bas et c’est pour ça que ça a été une bonne expérience. J’ai beaucoup appris sur moi-même, comme le fait que je puisse gérer certaines situations, etc. Émotionnellement, j’ai appris à contrôler mes émotions. Il n’y a aucun regret.

A la suite de cette expérience et de la situation sanitaire actuelle, es-tu plus que jamais ouvert à un retour en France ?
Kevin Cham : Personnellement, mon discours n’a jamais changé. S’il y a une superbe opportunité pour moi en France, en Pro A ou Pro B, je prends. Sinon, je suis toujours ouvert à l’étranger. Je suis en train de voir avec mon agent ce qui va se passer durant ces prochains jours pour voir où je vais signer. Mais je n’ai pas d’idée pour l’instant.

Y a-t-il un pays qui t’attire particulièrement ?
Kevin Cham : L’Espagne m’attire vraiment. J’aimerai bien y retourner. Sinon, la France, franchement, j’aime bien. J’ai vécu deux superbes années à Monaco.

Ta carrière dans le monde du basket avait commencé très fort puisque adolescent, tu avais intégré pour tes années lycée la prestigieuse académie de Montverde. Comment s’était déroulé ton recrutement ?
Kevin Cham : J’ai participé à un tournoi AAU lorsque j’avais 13 ans avec la Team Skywalker, avec Sébastien Sako. Il a beaucoup de contacts aux Etats-Unis, et il y a justement Montverde qui m’avait remarqué. Seb a fait le nécessaire pour m’envoyer là-bas avec une bourse complète pendant quatre ans. J’ai côtoyé des stars, beaucoup sont maintenant en NBA et quelques unes en Euroleague. C’était une bonne expérience, j’ai beaucoup appris. Les Américains aiment la compétition, c’est la guerre avec eux. Aux Etats-Unis, c’est chacun pour sa peau. C’est le petit problème, il n’y a pas vraiment d’esprit d’équipe. En dehors des terrains, ça va, mais c’est compétition quoi qu’il arrive. Tout est une compétition pour eux.

De quelle manière as-tu géré la concurrence à ton poste par exemple avec un joueur devenu All-Star NBA, D’Angelo Russell ?
Kevin Cham : A Montverde, l’avantage est que tout le monde pouvait manier le ballon. Du coup, il n’y avait pas vraiment de meneur de jeu. C’est le premier qui attrapait la balle qui était le meneur. Il poussait la balle. On jouait avec quatre arrières et un intérieur. Aux entraînements, c’était pareil, il y avait beaucoup de compétition et ça jouait dur. Contre D’Angelo, c’était physique. Maintenant, je regarde, et je me dis « ça fait plaisir de connaître des gens comme ça ». Après, j’espère rejouer contre eux un jour au plus haut des niveaux.

As-tu conservé des contacts avec lui et les autres stars de l’équipe ?
Kevin Cham : Oui, je parle de temps en temps avec D’Angelo (Russell), Ben (Simmons) et d’autres. Ça reste des gars simples. On était à Montverde, qui est une école privée. On était dans des dortoirs donc on était tous les jours ensemble, H24. Quand tu es adolescent, tu fais plein de bêtises. On en a effectué beaucoup ensemble, et c’est ça qui nous a soudé. On a gardé contact et quand on est dans une même ville, on fait en sorte d’aller manger ensemble ou de se voir.

Est-ce que l’intégralité de tes coéquipiers de l’époque sont passés professionnels ?
Kevin Cham : Non. En fait, Montverde, ça a beaucoup changé. Avant, on était une quinzaine de joueurs. Maintenant, il y en a une centaine. C’est devenu un peu une « usine ». En conséquence, il y avait des joueurs un peu moins bons. Quand je suis arrivé, l’école venait juste de perdre le titre de champion des Etats-Unis. Ça allait être la deuxième année de coach Boyle. Il était dans un nouveau système, un nouveau programme, il ne connaissait pas très bien l’école. Du coup, il voulait quand même prendre des joueurs locaux. Et maintenant, c’est uniquement les meilleurs qui intègrent l’équipe. De mes deux premières années là-bas, il y a des joueurs qui ne sont pas devenus pro. Sur mes quatre années, on a gagné le titre les trois premières. Et on a perdu en demi-finale lors de la dernière, malgré les présences dans l’effectif de R.J. Barrett (aujourd’hui aux New York Knicks), Bruno Fernando (Atlanta Hawks) et Anfernee Simons (Portland TrailBlazers) entre autres.