Saison blanche - blessure
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Comment gérer une saison blanche pour un basketteur ?

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Chez un athlète professionnel, quel que soit le sport qu’il pratique, ne pas pouvoir exercer son métier est souvent une hantise. Surtout lorsque sa période d’indisponibilité est longue. Une saison blanche se caractérise par le fait de ne pas jouer durant toute une année. La blessure physique en est la principale cause. Lorsque l’on sait qu’une carrière sportive est courte, ce genre de situation peut devenir difficile à gérer. Et ce, tant mentalement, émotionnellement que physiquement. Surtout lorsque l’athlète est seul, livré à lui même. L’entourage joue alors un rôle clé pour le maintenir dans un bon état d’esprit.

Il existe trois possibilités principales résultant d’une saison blanche chez un basketteur.

Une saison blanche pour ne pas avoir trouvé un club

Premièrement, l’athlète peut ne pas avoir trouvé un club durant l’intersaison. Il se retrouve alors sur le carreau. On retrouve plusieurs raisons à cela :

    • Le déclin sur le plan sportif. C’est-à-dire que la capacité du joueur à être performant sur le terrain n’est plus la même qu’avant.
    • Des prétentions financières trop élevées sur un marché de plus en plus saturé.  Ce phénomène est notamment lié à l’augmentation du nombre autorisé de joueurs étrangers par équipe.
    • Des problèmes extra-sportifs.

Dans éviter la plupart de ces cas-là, l’athlète doit s’adapter à la situation. Et bien souvent, revoir ses ambitions à la baisse. Cela en acceptant par exemple un salaire plus raisonnable et/ou en descendant d’une ou plusieurs divisions dans la hiérarchie des championnats. Mais une fois que la saison a débuté et que les effectifs sont au complet, les « agents libres » n’ont plus vraiment leur destin entre leurs mains. Ils sont contraint de patienter entre plusieurs semaines et plusieurs mois… Le temps que des confrères se blessent, pour pouvoir espérer recevoir un coup de fil d’un club et signer un contrat en tant que pigiste médical.

Certains basketteurs trouveront donc un employeur en cours de saison pour une période plus ou moins longue. Néanmoins, sachant qu’il n’y a pas de place pour tout le monde, d’autres resteront au chômage pendant un an ou plus. Chez un basketteur professionnel, la gestion de cette période d’attente est, sauf exceptions rares, compliquée. Notamment, le joueur va douter de ses capacités, se renfermer sur lui-même. Et il va devoir s’entretenir pour garder la forme en s’entraînant seul. A moins que, par chance, un club accepte de l’accueillir en tant que sparring-partner

« Parfois, je n’avais pas trop envie de m’entraîner. Mais mes proches étaient là pour me  soutenir. » Bianco Matanga

Le fait de garder confiance en soi ainsi que (et surtout) le soutien de ses proches devient alors primordial pour ne pas craquer et partir en vrille.

« J’avais déjà connu cette situation deux ans auparavant. Elle avait été un peu plus dure à gérer. Mais cette année, j’ai continué à m’entraîner. J’avais gardé le même rythme d’entraînement. Je m’entraînais le matin et le soir comme si j’avais un club. Et puis, mes parents, ma famille, mes amis… Tous étaient là pour me soutenir. Parfois, je n’avais pas trop envie de m’entraîner. Mais ils étaient présents pour m’encourager, me soutenir. J’ai su gérer ça, ça a été. J’avais toujours l’espoir de trouver une équipe. », nous confiait il y a quatre ans Bianco Matanga. Ce basketteur évolue aujourd’hui à Calais en NM2. A l’époque, il avait signé un contrat avec l’Ujap Quimper en Nationale 1 en février 2013. A savoir cinq mois après le début de la saison. Et seulement deux mois avant son terme…

Un athlète peut aussi profiter de cette période de disponibilité pour préparer sa reconversion. L’après carrière sportive est très importante chez les sportifs professionnels. Mais peu d’entre eux s’y préparent, à moins d’y être tout simplement obligés. Par exemple, un joueur qui n’a aucun contact avec un club à un âge avancé. Ou alors un athlète apte, mais sans club pendant plus de deux ans consécutifs.

Une pause décidée par l’athlète de son propre chef

Deuxièmement, l’athlète peut décider de sa propre initiative de faire un break d’une ou plusieurs saisons avec le sport qu’il pratique au niveau professionnel. Bien que ce genre de cas est extrêmement rare, il existe. Il a même touché le plus meilleur basketteur de tout les temps. Michael Jordan a effectivement décidé de mettre sa carrière NBA entre parenthèses lors de la saison 1993/1994. Et ce, suite au décès de son père. Puis Jordan a expérimenté de nouvelles saisons blanches dans le basket entre 1998 et 2001. Ces différentes pauses avec la balle orange ne l’ont pas empêché d’être toujours dominant.

La blessure longue durée

Troisièmement, un basketteur professionnel peut aussi être définitivement contraint d’effectuer une saison blanche en raison d’une blessure longue durée qui l’empêche de jouer. Le quotidien de ces athlètes victimes d’une lésion grave est encore moins évident à gérer. Surtout lorsque le joueur n’en est qu’au début de sa carrière sportive… C’est le cas du jeune intérieur Lionel Ebreuil (2m02, 21 ans). Ce jeune basketteur n’a disputé que onze matchs officiels au cours des trois dernières saisons. Son parcours sur son CV est prometteur. Passé par le Centre Fédéral, le centre de formation de Cholet Basket puis du Limoges CSP, ainsi que sélectionné en équipe de France U15 et U17, ce joueur prometteur ayant débuté le basket à 13 ans au PUC a vu le sort s’acharner sur lui.

Le témoignage de Lionel Ebreuil sur l’expérience d’une saison blanche

« En fait, ma blessure a duré 2 ans. Dans un premier temps, je me suis fait une fissure au tibia gauche. Puis, en passant une scintigraphie, on a constaté au niveau de la fissure qu’il y avait une tumeur bénigne. Je me suis fait opérer une première fois pour l’enlever. Suite à cette opération, mon tibia était devenu plus fragile. Donc l’année d’après, le 3 juin 2016 au camp LNB, mon tibia s’est cassé nettement au niveau de la fissure précédente. Ma première réaction était de la rage pure. Et en même temps un soulagement depuis le temps que je galère avec ce tibia en mauvais état ! Je me suis donc fait opérer à Paris le lendemain même. Les médecins m’ont mis une tige en métal dans le tibia. La semaine suivante, j’ai intégré le Crf (centre de Rééducation fonctionnel) à Villiers-sur-Marne. J’y ai passé 4 mois en rééducation intensive. Au début, c’était vraiment dur. Mais on a eu des résultats rapidement, donc ça m’a vraiment aidé ! » raconte Lionel Ebreuil.

Parallèlement à sa rééducation, l’intéressé a été contraint de trouver d’autres occupations. Mais surtout d’entamer une formation professionnelle extérieure au basket. Et ce, afin pour pouvoir vivre en attendant son retour sur les parquets.

« Pour m’occuper, c’était vraiment dur. Je ne sortais pas du tout, je réfléchissais à longueur de journée sur la situation qui me troublait. Mes proches étaient là pour moi, donc ça allait. J’ai même eu des visites de pas mal de potes chez moi ! Finalement, je me suis engagé dans le métier de VTC (chauffeur) pour avoir un salaire, pour me débrouiller », témoigne-t-il.

« Je veux juste rejouer, retrouver des sensations, me sentir à ma place dans une équipe. » 

 

Lionel n’en a assurément pas terminé avec la balle orange. Il compte bien retrouver un club dès la rentrée prochaine.

« J’ai repris le basket il y a tout juste un mois. J’ai pas mal bougé et me suis surtout bien entraîné à Saint-Vallier avec mon frère depuis des années, Jean-Dieudonné Biog, qui joue en Nationale 1. Il m’a beaucoup aidé, surtout pour retrouver des bonnes habitudes alimentaires. Donc je le remercie et l’encourage pour l’année prochaine ! Me concernant, mon programme dans les mois à venir est dans un premier temps de continuer à retrouver la forme. L’objectif est de perdre un maximum de kilos en alternant avec 1 jour de basket et 1 jour de footing. Je fais tout ça le matin car je travaille ensuite de 16h à 4h… Pour le moment, au niveau de mes ambitions pour l’an prochain, je veux juste rejouer. Et retrouver des sensations, me sentir à ma place dans une équipe. Je reprendrai sûrement à un petit niveau, mais je sais pourquoi j’en suis là aujourd’hui. Donc je garde toujours en tête q’un jour j’aurai une place au plus haut niveau français, c’est-à-dire la Pro A. »

En définitive, ses pépins physiques sont aujourd’hui derrière lui. Ils l’ont fait grandir en tant qu’homme, à un moment où sa carrière professionnelle dans le basket aurait dû décoller. « Au début, je pense avoir eu un peu de mal à gérer ma blessure. Car elle est survenue à un moment où tout allait bien pour moi. Je venais de signer un contrat pro à Cholet Basket. La galère a alors commencé. Je n’en retiens pas que du négatif. Cette blessure m’a fait mûrir, prendre mes responsabilités. Et elle m’a fait apprendre à mieux écouter et connaître mon corps ».