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ITW avec Alex Nelcha, le plus français des Vénézueliens

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Ancienne gloire de la JDA Dijon dans les années 1990, l’ancien international vénézuélien Alexander Nelcha (48 ans) vie aujourd’hui en Allemagne. Nous l’avons rencontré le mois dernier à Rockford (Illinois, USA) à l’occasion d’un camp d’exposition organisé par l’agence française AK Sports et destiné aux basketteurs américains à la recherche d’un contrat en Europe. De ses débuts tardifs dans le basket au Venezuela à la signature de son premier contrat en Pro A ainsi que ses expériences en Espagne et Italie, en passant par son match inoubliable contre la Dream Team américaine de 1992, il est revenu sur l’ensemble de sa carrière mais aussi sa situation actuelle.

A quel âge as-tu effectué tes premiers dribbles ?
J’ai malheureusement débuté le basket à 16 ans. Avant, je faisais du baseball au Vénézuela. J’étais très fort dans ce sport et j’aurai pu devenir professionnel si je n’étais pas allé à l’université américaine pour privilégier les études et le basket. En fait, j’ai changé de lycée et l’un de mes professeurs était meilleur ami avec un entraîneur professionnel de basket. Il lui a parlé de moi, il lui a dit qu’il avait un étudiant de grande taille. Le coach lui a répondu qu’il voulait me voir. Comme c’était mon prof qui me le demandait, j’y suis allé, il m’a recruté et m’a appris à jouer. Ma vie a changé d’un jour à l’autre.

Comment s’est déroulé ton ascension ?
Très rapidement, dès mon arrivée là-bas, j’ai fait mon premier entraînement avec une équipe pro au Vénézuela. J’ai commencé comme ça puis j’ai intégré l’équipe de l’Etat de Caracas. Tout s’est passé très rapidement. La même année, j’ai participé aux Jeux Sud-Américains des moins de 18 ans. Ensuite, j’ai obtenu une bourse pour aller jouer au basket aux Etats-Unis, tout frais payés. J’ai donc passé trois ans aux USA à l’université de Bloomsburg en Pennsylvanie en NCAA D2. Je suis retourné au Vénézuela en décembre 1989. En 1990, je disputais pour la première fois le championnat professionnel vénézuélien. L’été suivant, j’ai été retenu dans la sélection nationale pour disputer la coupe du Monde en Argentine avant de partir en Europe.

Dans quelles circonstances es-tu arrivé en France ?
Mon père, qui était martiniquais, regardait l’un de mes matchs à la TV avec un copain qui lui a demandé pourquoi je ne jouais pas en France. De mon côté, je ne savais pas qu’il y avait une ligue. Son ami connaissait quelqu’un qui y jouait et qui s’appelle Feliz Cortina. Son agent m’a appelé pour faire un essai à Maurienne, qui évoluait en troisième division à l’époque. Le club m’a pris et j’y suis resté trois ans avant d’aller à Dijon, mon premier club en Pro A. Une fois arrivé en France, je ne parlais pas la langue mais j’ai été très bien accueilli. J’avais 22/23 ans et mes coéquipiers ont été super cool. On ne s’entraînait que trois fois par semaine donc j’avais beaucoup de temps libre. Je suis allé dans une université à Grenoble, là où j’ai appris le français. Au bout de 6/7 mois, je comprenais ce que l’on me disait et au bout d’un an je parlais couramment.

Le début d’une longue carrière dans l’Hexagone…
Après Maurienne, qui est l’une des meilleures équipes où j’ai joué en France, je suis resté cinq ans à Dijon où j’ai été nommé capitaine. Ensuite, j’ai signé en début de saison à Toulouse avant de m’engager en Espagne puis en Italie au cours de la même année. Mais ça ne s’est pas très bien passé dans ces deux pays donc je suis donc rapidement retourné en France après un passage au Venezuela. La Pro A, c’était vraiment la ligue qui me correspondait le plus. J’ai intégré Le Mans pendant un an, puis Montpellier et enfin deux ans à Limoges. Ca s’est très bien déroulé en France dans toutes les équipes où j’ai joué. J’étais tout le temps dans le cinq majeur partout où je suis passé, en étant cotés parmi les meilleurs pivots français.

Quels sont tes meilleurs souvenirs en France ?
Après Maurienne, il faut dire que mon club en France était Dijon. Même si on a jamais gagné le championnat, on avait une superbe équipe, on était presque toujours qualifié pour les playoffs. Il y a toujours des gens du public dijonnais avec qui je suis toujours en contacts, qui m’envoient des messages. (…) A Limoges aussi c’était bien. Le CSP et la JDA, ce sont deux clubs qui sont à fond avec le basket. Quand tu rentres sur le terrain, que tu vois et entend le public, ça suffi pour te motiver.

Quelle a été ta relation avec la sélection nationale du Venezuela ?
J’ai participé à la coupe du Monde en 1990 et aux Jeux Olympiques en 1992. Ensuite, j’ai de nouveau porté le maillot de l’équipe nationale mais très peu de fois. Quand tu joues en France, ça dure pratiquement 10 mois sur 12. J’avais besoin de repos et presque tous les étés il y avait quelque chose avec l’équipe nationale.

As-tu déjà été approché par la Fédération Française de Basket-Ball pour porter le maillot Bleu ?
Une fois ils m’ont parlé, mais comme je jouais avec l’équipe nationale du Vénézuela, ils m’ont dit que je ne pouvais pas jouer pour deux équipes nationales. Ils ne m’ont jamais appelé mais j’aurai certainement pu être dans l’équipe car j’étais à l’époque l’un des meilleurs pivots français. Pour moi, je suis français. Mon sang est français car mon père est né là-bas, ma mère est né au Venezuela mais de parents martiniquais. On m’a considéré comme un naturalisé alors que je ne l’étais pas vu que je disposais de la double nationalité française/vénézuélienne. Si ça avait été possible, j’aurai bien aimé avoir eu l’occasion de porter les deux maillots. Sans aucun problème.

Tu as eu l’opportunité de défier la mythique Dream Team américaine composée de Michael Jordan, Magic Johnson, Larry Bird, etc. Peux-tu nous raconter comment ça s’est passé ?
Oui, c’était en finale du tournoi pré-olympique, on a été l’équipe surprise. Personne ne s’attendait à ce que l’on arrive aussi loin. On a commencé à battre tout le monde. D’abord le Canada, qui avait deux ou trois joueurs en NBA. Cette victoire nous a qualifié pour les JO. On a été la première équipe nationale vénézuélienne de l’Histoire, tous sports confondus, à se qualifier pour les Jeux Olympiques. En joueur NBA, nous avions Carl Herrera de notre côté. Ton niveau de jeu monte un peu plus car quand tu joues avec quelqu’un comme lui, tu sais que tu dois suivre. On avait une très bonne équipe avec des joueurs qui ont eu beaucoup d’expériences. J’étais l’un des plus jeunes et je suis rentré dans le cinq majeur donc c’était vraiment magnifique. En demi-finale, on a affronté le Brésil. Ils nous avaient battu de 40 points pendant le tournoi mais là c’était un autre match. Les rencontres face au Brésil, c’est toujours chaud, c’est un derby. Tout le monde dans l’équipe était concentré, on s’est dit que l’on avait une nouvelle opportunité pour prendre notre revanche. On a rentré beaucoup de shoots et on a réussi à les battre. C’est comme ça que l’on a atteint la finale contre les ricains. On savait que l’on ne pouvait pas gagner contre eux. Ces mecs là n’étaient pas imbattables mais on était arrivé là. Tout le monde disait que la médaille d’argent était l’or car on savait que le titre était promis aux Etats-Unis. Durant les cinq premières minutes de la partie, j’étais un peu nerveux car j’étais en face de joueurs dont j’avais des posters dans ma chambre. J’étais crispé en première mi-temps mais la deuxième mi-temps s’est mieux passée, on a très bien joué. A la mi-temps, le coach était très énervé dans les vestiaires. Il avait renversé tout les gobelets de Gatorade présents sur une table. Ca nous a motivé et on a joué comme si on jouait contre une autre équipe mais pas la Dream Team. C’est le meilleur match que j’ai joué de ma vie. J’ai du marquer 9 ou 11 points et prendre 9 rebonds. Pour moi, c’était le top.

Le fait d’affronter ces superstars NBA t’a t’ils donné des envies d’intégrer la grande ligue américaine ?
Je ne pensais pas que je pouvais jouer en NBA car c’était un truc intouchable. Je trouve que maintenant, la NBA est plus ouverte aux joueurs étrangers et je pense que cela est bien car ça donne l’opportunité aux meilleurs joueurs d’y aller. Avant, ce n’était pas comme cela, il y avait seulement un ou deux joueurs qui y parvenaient. On ne s’intéressait pas trop aux étrangers, c’était les Américains et c’est tout. Je suis donc resté en Europe, qui dispose des meilleurs championnats après la NBA.

Avec du recul, regrettes-tu aujourd’hui le fait d’avoir finalement privilégié le basket au lieu du baseball ?
Non, je ne regrette pas car on ne sait jamais. Des scouts américains de baseball voulaient que je vienne aux Etats-Unis et j’aurai certainement signé un contrat pro mais peut être que j’aurai eu une blessure ou quelque chose comme ça en jouant au baseball. Au basket, ça s’est bien passé, je suis content. Si c’était à refaire, je le referai.

Comment as-tu géré ton après-carrière ?
Je suis rentré au Venezuela pour faire un break. Je m’étais dit que j’allais prendre un an pour profiter de ma famille, mes parents, etc. Malheureusement, mon père est tombé malade cette année-là et est décédé. J’ai ensuite effectué plusieurs aller-retour entre le Venezuela et la France. Durant l’un de ces voyages, j’ai connu ma femme, qui est hôtesse de l’air. J’ai fait sa connaissance et nous sommes désormais mariés. Nous avons vécu trois ans aux Etats-Unis avant que je retourne au Venezuela pour devenir assistant coach d’une équipe professionnelle. Le pays était devenu dangereux, ce n’était pas facile d’y vivre. Nous avons donc décidé d’aller en Allemagne avec notre enfant et nous y habitons depuis 2010. J’ai un travail, je fais du personal training IMS. J’ai passé le tronc commun pour pouvoir entraîner en Allemagne mais je n’ai pas trouvé de club. C’est difficile car contrairement à la France, je ne suis pas connu et je ne connais pas beaucoup de monde.

Envisages-tu donc de revenir en France ?
Je n’ai pas fermé la porte mais c’est compliqué car il y a plusieurs contraintes. Ma femme travaille à Francfort pour la Lufthansa et mon petit ne parle pas français. Mais il est certain que j’aimerai bien travailler depuis l’Allemagne pour le compte d’une structure française en faisant notamment du scouting et du recrutement, que cela soit sur le marché allemand ou vénézuélien par exemple.