Interview réalisée par Alexandre Daumur-Smith.

– Salut Mike, c’est un plaisir de réaliser une interview avec toi puisque tu es l’une des personnes qui m’ont donné envie de me lancer dans ce milieu ! Merci à toi.
Ah c’est trop d’honneur ! Mais c’est bien que des jeunes comme toi se lancent dans ce genre de projets. Le basket a besoin d’un maximum de médiatisation et tu y contribues plus que bien.

– Tu es joueur professionnel de basketball, tu t’occupes d’un site un internet en rapport avec le sport que tu pratiques et tu es aussi auteur depuis peu. Tu peux nous exposer ta situation actuelle ?
J’essaie tout simplement de faire ce qu’il me plait dans la vie et ce qui me permet de me sentir bien dans la tête. Le basket, c’est ce qui m’a permis d’être heureux tout au long de ma vie. Le site c’est une idée que j’ai voulu approfondir au maximum, c’est à dire tenter de permettre au public de connaitre davantage les sportifs que nous allons voir dans les stades ou à la télévision. Ce sont des sportifs mais avant tout des hommes et je pensais qu’il était important de parler de cet aspect la.
Le livre est dans la même lignée que le site. C’est à dire raconter une histoire qui va permettre d’expliquer une certaine réalité. Comment fait un jeune pour devenir basketteur professionnel. Par quoi il passe mentalement et physiquement, comment se construit il en tant qu’homme.

– Tu es meneur de petite taille avec de très bonnes qualités athlétiques, plus le temps avance, plus nous commençons à voir des meneurs de plus de 2 mètres. Tu penses qu’il va être encore plus difficile pour les meneurs de petites tailles de percer dans le basket de haut niveau ?
Non cela ne sera pas plus dur et je vais expliquer clairement pourquoi. Tout d’abord les histoires de taille sur le poste de meneur de jeu, c’est par cycle. Je vais prendre pour exemple la NBA qui est la meilleure ligue au monde. Dans les années 80 il y avait pas mal de meneurs de grande taille, Magic Johnson (2,06m) en tête et même des joueurs comme Michael Jordan (1,98m), pourtant le meilleur scoreur de notre sport, à commencé sa carrière aux Bulls en tant que meneur de jeu. Tout le monde voulait de la taille et la puissance à ce poste. Et il y a eu les Isiah Thomas, les John Stockton qui ont prouvé que même avec un physique plus banal on peut réussir à dominer le jeu. Pareil dans les années 90, il y a eu les Penny Hardaway et il y a eu les Muggsy Bogues. Chaque gabarit peut être à son avantage à ce poste s’il sait utiliser ses qualités.
Et les meneurs de grande taille vous le diront, ils détestent défendre sur les petits meneurs (rires).
En 2015 le jeu étant devenu tellement rapide, je pense que les petits gabarits ont un léger avantage sur les grands s’ils savent tirer. Un gars comme Steph Curry est quasiment inarrêtable sur le terrain à cause de l’alliage adresse/vitesse/dextérité dont il dispose.
Aujourd’hui, la position où il y a le plus de joueurs dominants est la position de meneur de jeu. Pour une raison simple, tout le monde peut se lever un matin et décider d’être bon. Ce n’est pas le cas sur les autres postes.

– Tu as fait plusieurs saisons en Pro A et plusieurs en Pro B. Quelles sont les grandes différences entre ces deux niveaux ? Quelques joueurs m’avaient expliqué que d’après eux la Pro B était plus physique que la Pro A mais bien moins technique. Tu confirmes ce qu’ils disent ?
Tout à fait. J’ai entendu à plusieurs reprises que la Pro B était considéré comme la meilleure 2e division de tous les pays d’Europe. Chaque soir tu vas affronter un joueur athlétique et très agressif. La Pro B c’est vraiment la guerre. En Pro A, tu vas parfois tomber sur un joueur de grand talent, qui va dominer le jeu grâce à son intelligence et sa connaissance du jeu. En Pro A il y a aussi plus de grands gabarits plus lourds et puissants capable de vraiment régner dans la raquette.
Il y a des joueurs qui vont être en difficulté en Pro B et qui vont pouvoir s’exprimer très convenablement en Pro A. Et inversement. Lorsqu’un joueur de Pro A descend en Pro B son succès n’est pas automatique. Et un joueur de Pro B dominant qui monte en Pro A non plus.

– Tu as également eu l’occasion de jouer quelques matches en 1ère division suisse. Que retiens tu de cette expérience ? Comment tu décrirais la première division suisse par rapport à la première division française ?
C’est très difficile pour évaluer car j’ai pas disputé assez de matchs. J’ai joué là bas il y 6 ans et la ligue a du changer depuis! Mais je me souviens être revenu en Pro B juste après et à ce moment précis, la Pro B était bien meilleure que les équipes que j’avais rencontré là bas. Mais on voit très fréquemment des joueurs dominants en Suisse réussir à faire carrière en France. Ceux qui suivent le championnat depuis plusieurs années savent que des joueurs comme Antoine Mendy viennent du championnat Suisse. Quand on sait le succès qu’il a eu en Pro A et Pro B, ça veut surement dire quelque chose.

– Pourquoi le choix du basketball plutôt qu’un autre sport ?
Tout simplement car ça me rendait heureux de jouer au basket. Plus que n’importe quel autre sport. Étant petit j’étais meilleur au foot. J’avais de très bonnes dispositions. Mais j’ai grandi dans une famille dingue de basket. On se levait tous pour regarder les finales NBA, ça a forgé mon amour pour ce sport.

– Depuis 2013, tu gères un site internet autour du sport, plus particulièrement du basketball. Son concept est plutôt original. Tu peux nous l’expliquer ?
C’est donner un peu le micro aux sportifs. Parler de thèmes qu’on aborde pas toujours et qui sont pourtant, selon moi, importants si on veut vraiment les connaitre.
Il s’agit aussi de parler avec ceux à qui on ne tend pas toujours ce micro. J’ai pu me rendre compte avec les années, que les histoires les plus enrichissantes ne sont pas toujours avec ceux qui ont réussi et qui sont sur le devant la scène. Mais parfois avec ceux qui ont loupé la dernière marche ou l’avant dernière. Ils ont beaucoup de choses à dire.
Avec la sortie du livre j’ai un peu baissé ces six derniers mois mais je compte bien m’y remettre à fond car c’est une activité qui me passionne.

– Comment t’es venue l’idée de créer un site internet ? Quels ont les facteurs de cette envie ?
J’avais la sensation que je pouvais contribuer à très petite échelle à ce qu’on parle des joueurs de façon différente. Mais à la base, je suis pas du tout cale en site internet, je suis pas un mec qui va souvent sur l’ordi, il a fallu quelques mois pour mettre tout cela en place. Les premiers mois le site a rapidement pris de l’ampleur, et ça m’a poussé à améliorer mon organisation. J’ai eu la chance de connaitre des personnes exceptionnelles qui ont rejoint le site et contribue à son fonctionnement. Je pense à Seb et Vyvie qui ont été les premiers. Mais tous les autres par la suite ont donne de leur temps bénévolement pour faire avancer un projet auquel ils croyaient dur. Et même si on est un peu plus silencieux ces temps ci, croyez moi que l’aventure ne fait que commencer.

– La sortie de ton livre est imminente. Tu peux nous dire un peu ce qu’il se passe dans ton récit ? Pourquoi avoir écrit un livre ? Ton livre est destiné pour quel lecteur ?
Alors ce livre, “C’était mon rêve”, c’est l’histoire (vraie) d’un jeune garçon qui rêve de devenir basketteur professionnel. Il sent que c’est ce qu’il doit faire de sa vie et il est prêt à tout faire pour y arriver. Mais la route pour lui n’est pas toujours fluide. Il fait pas mal d’erreurs et rencontre plusieurs obstacles. Ces erreurs et ces obstacles sont le quotidien que tout joueur qui veut devenir professionnel est amené à rencontrer. Au fil du livre, le lecteur saura s’il est capable de surmonter ces obstacles ou non. Le livre pose plusieurs questions : Est- il possible de réaliser ces rêves de gosse ? Qu’est ce qu’on est prêt à faire pour les réaliser ? Le livre est destiné aux basketteurs qui veulent en savoir un peu plus sur le sport qu’ils pratiquent. Ce livre raconte mon histoire mais aussi celles de pas mal d’autres joueurs. Ils verront des souvenirs d’enfance avec des joueurs qui sont aujourd’hui dans le circuit professionnel. Pas mal de noms sont régulièrement cités dans le livre. Des noms à l’affiche aujourd’hui. Ils verront que les stars d’aujourd’hui n’étaient pas forcement prédestinés à avoir un tel succès. Ça montre que tout est possible pour celui qui croit.

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– Samuel Nadeau a aussi écrit un livre qui a été publié il y a peu de temps. Tu en penses quoi de son livre ?
Alors pour la petite histoire, il est cité une fois dans mon livre et peu après j’ai appris qu’il allait sortir le sien. Je me suis rendu avec un coéquipier à la présentation de son livre en février. Et j’ai acheté son livre que j’ai lu en une journée. Les thèmes qu’il aborde sont vraiment intéressants. C’est une sacrée histoire. Il a vécu pas mal de choses et je pense que c’est super enrichissant pour les fans de basket de connaitre de ce genre de parcours.

– Tu as 28 ans, comment tu vois ton avenir dans ce sport, le basketball ?
Et ben je me sens super bien, je pense que mes activités hors basket m’ont beaucoup aidé à être plus détendu et performant sur le terrain. J’aimais tellement le basket et ma vie mon humeur en dépendait tellement que ça avait fini par être néfaste pour moi. Le jeu avait fini par me rendre anxieux et j’étais pas heureux en jouant. C’était devenu un métier ou j’étais oblige de bien jouer pour gagner ma vie.
Maintenant c’est différent, j’ai beaucoup plus de recul et je prend vraiment le côté jeu plus que le côté métier. Je viens vraiment pour m’amuser et c’est bien mieux comme ça.
Du coup moi qui pensais arrêter tôt à la base, j’ai l’impression que je ne débute réellement ma carrière que maintenant à 28 ans. Alors je sais pas jusqu’où mon physique m’amènera mais en ce moment je me sens très bien. Alors je vais essayer de prolonger cette deuxième carrière qui s’offre à moi le plus longtemps possible.

– Le basket sur Canal + c’est maintenant terminé. Cela faisait 30 ans que le basket avait débuté sur cette chaîne, comment tu décrirais l’évolution du basket à la télévision depuis ce début sur Canal ?
Je suis un peu triste. Le basket sur Canal, c’est mon enfance. Le samedi après midi au lieu d’aller jouer dehors avec mes amis, je restais regarder la NBA avec Georges Eddy. J’ai encore des matchs à la maison. Sans Canal Plus, pas mal de joueurs que vous voyez aujourd’hui sur les terrains professionnels n’y seraient pas. Ils ont donné cette part de rêve à tous les gosses.

– Cette saison l’équipe de l’AS Monaco a effectué un recrutement très solide, tu penses qu’ils iront jusqu’où ?
Je ne sais pas du tout. Ils ont fait un recrutement solide, comme pleins d’autres équipes également. A un haut niveau comme la Pro A, il est difficile de juger une équipe uniquement sur le papier. C’est l’association des talents et l’alchimie entre les joueurs qui va primer. On a tous en tête l’exemple de Nanterre lors de l’année du titre.

– Un mot sur l’Euro des Bleus qui vient de se terminer ?
Très déçu de la couverture médiatique sur l’Euro. Le basket c’est le sport numéro 2 en France. Individuellement on a des stars comme Parker, Diaw et Batum, et des stars émergentes, qui seraient en plus de bons clients en télé, je pense à un Evan Fournier par exemple. Collectivement, l’équipe a gagné des trophées et ne déçoit jamais. C’est toujours les demies avec eux. Malgré ça, les chaînes ont boudé le basket Français.
Par contre j’ai vraiment apprécié de voir le public présent en masse à Lille. J’ai des amis et connaissances qui avaient programmé leur weekend longtemps à l’avance pour participer à cette grande fête du basket. Certains traversaient la France entière pour aller voir les matchs. Quand je regardais les matchs j’essayais de m’imaginer ce que pouvaient ressentir les joueurs, ça devait vraiment être un feeling particulier.
Sur le jeu, on a beaucoup critique les leaders, moi je ne le ferai pas. On a vu l’émergence d’un joueur comme De Colo qui est un talent exceptionnel. Et quand c’est comme ça, d’autres doivent se mettre en peu plus en retrait pour préserver un équilibre. J’ai vu beaucoup de réactions sur les lancers rates de Batum. Je pense que tous les gens qui ont joué au basket on déjà loupé deux lancers de suite, que ce soit en excellence départementale ou en demie finale de championnat d’Europe.
Et Parker, je tire un grand chapeau quand même. Il n’y a que lui qui sait à quel point c’est difficile d’enchainer les matchs et les saisons comme il le fait. Et je trouve ça grand de ne jamais se cacher derrière ça quand il n’est pas aussi bon que d’habitude.