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Interview avec Clint Capela, le représentant du basket suisse en NBA

Interview avec Clint Capela, le représentant du basket suisse en NBA

Clint Capela est l'unique représentant du basket suisse en NBA depuis le départ à la retraite du pionnier Thabo Sefolosha.

Mis à jour le 9 août 2026
Interview avec Clint Capela, le représentant du basket suisse en NBA

Clint Capela est l’unique représentant du basket suisse en NBA depuis le départ à la retraite du pionnier Thabo Sefolosha. A désormais 28 ans, le pivot titulaire des Atlanta Hawks approche du prime de sa carrière. Tournant à plus d’un double-double en moyenne par match, le natif de Genève est un joueur qui compte dans le paysage de la Grande Ligue. A l’heure d’écrire ces lignes, Capela se positionne en deuxième position des meilleurs rebondeurs du championnat. Nous l’avons rencontré juste avant la victoire des Hawks sur le parquet de Milwaukee. Entretien.

Tu entames ta neuvième année en NBA, la septième en tant que titulaire. Comment abordes-tu cette nouvelle saison ?

Je me sens bien. Physiquement, ça va. Tout se passe bien. J’ai l’impression que l’on a un groupe vraiment spécial cette saison et qu’on peut faire quelque chose. C’est que du bonheur.

Durant l’intersaison, un deuxième All-Star est venu se greffer sur la ligne arrière des Hawks, aux côtés de Trae Young. Il s’agit de Dejounte Murray. Qu’est-ce que cette signature change pour toi dans le secteur intérieur ?

Sur les derniers matchs, j’ai vraiment senti que l’on me servait plus. Mon jeu n’a pas changé. Je crée des possessions supplémentaires avec des rebonds offensifs. Je continue toujours de jouer sur des lobs et de la course. J’ai le sentiment qu’il y a un passeur de plus dans l’équipe.

A titre individuel, tu es le deuxième basketteur suisse de l’Histoire à avoir intégré la NBA après Thabo Sefolosha. Au delà de votre nationalité commune, vous avez tous les deux joué à l’Élan Chalon avant de rejoindre les États-Unis. A t-il été une source d’inspiration et de bons conseils ?

Le fait qu’il ai joué en NBA, de savoir qu’il y avait un autre suisse, ça m’a inspiré. Cependant, j’ai tracé ma route tout seul. J’y suis parvenu grâce à mon travail. Bien sûr, le fait d’avoir été à l’Élan Chalon, qui m’a formé durant cinq ans, m’a été bénéfique.

« J’ai tracé ma route tout seul » Clint Capela

En tant que vedette du basket suisse, as-tu pris quelques jeunes sous ton aile ? Essayes-tu de développer le basket en Suisse ?

J’ai un camp de basket, dont la quatrième édition devrait avoir lieu l’année prochaine. On essaye de faire notre part, de « give back » (ndlr : donner en retour). C’est toujours sympa de passer du temps avec les enfants à Genève, échanger avec eux et voir s’il y a des talents.

Tu as aussi organisé un match de gala l’été dernier. Beaucoup de tes anciens coéquipiers à l’Élan Chalon étaient présents. Est-ce difficile de créer et conserver cet esprit de camaraderie en NBA ?

La culture est un peu différente, clairement. Avec les gens de l’Élan Chalon, ce sont les années avant de passer basketteur professionnel. Durant ces années là, l’attachement est beaucoup plus direct. Cette camaraderie restera pour toujours.

Quel regard portes-tu sur l’évolution du basket en Suisse au cours des dernières années ?

Pas top. Après, on verra comment ça avance.

Sens-tu que tu as un rôle à jouer, au delà des camps estivaux, en jouant notamment avec l’équipe nationale ?

La dernière fois que j’ai joué avec l’équipe nationale, les matchs étaient à huis clos. Il y avait un engouement parce que je jouais et que l’on a réussi à gagner, etc. J’ai vu l’impact que j’apportais en jouant là-bas. J’espère qu’en continuant à organiser des camps et qu’en jouant pour l’équipe nationale, je participerai à faire grandir le basket suisse.

« J’ai vu l’impact que j’apportais en jouant pour l’équipe nationale Suisse. »

Avec les Atlanta Hawks, vous avez disputé deux matchs de pré-saison NBA à Abu Dhabi. Peux-tu nous parler de cette expérience ?

Découvrir un nouveau pays, une nouvelle culture, c’est une bonne expérience. J’ai aussi eu la chance d’aller à Dubaï. C’était cool, mais c’est vrai que c’est très différent. Concernant les matchs en eux-mêmes, c’était une première édition. Beaucoup de personnalités et de stars ont assisté à l’événement. C’est vraiment une fête que la NBA a ramené à Abu Dhabi. Je sais qu’il y d’autres éditions à venir pendant quatre ans. Ça va aider à promouvoir le basket là-bas.

La NBA s’internationalise de plus en plus, avec notamment un match de saison régulière à venir à Paris. Rêves-tu d’un match NBA en Suisse, à Genève ou Zurich ?

Ça serait très cool. Mais je ne sais pas si on a tout ce qu’il faut pour. Je trouve que c’est quand mieux à Paris. Une ville comme Paris ou Londres, je pense que ça vaut plus le coup.

En dehors de la NBA, tous les yeux sont rivés sur Victor Wembanyama. Quel est ton regard sur son talent ?

C’est un vrai phénomène. J’espère juste qu’il aura une longue carrière en NBA. Le plus gros test, je pense que ça sera de ne pas avoir seulement la mentalité à faire et refaire des performances pendant des années. Il a toutes les qualités pour.

Clint Capela, le géant suisse qui a conquis la NBA

Quand on évoque le basket suisse au plus haut niveau mondial, un nom s'impose immédiatement : Clint Capela. Né le 18 mai 1994 à Genève, ce pivot de 2,08 m est aujourd'hui considéré comme le meilleur basketteur helvétique de l'histoire de la NBA. Fils de parents d'origine angolaise, il a grandi dans la région genevoise avant de bâtir, brique après brique, une carrière que peu auraient imaginée pour un jeune issu d'un pays sans grande tradition dans la balle orange. Plus d'une décennie après ses débuts, il reste la référence absolue du basket suisse à l'international.

De Genève à Chalon-sur-Saône : les racines françaises d'un talent

Le parcours de Capela passe par la France. Repéré très jeune, il rejoint l'Élan Chalon, à Chalon-sur-Saône, club de LNB Pro A, où il fait ses débuts professionnels dès 2012. Pendant deux saisons, il s'affirme comme l'un des plus grands espoirs du championnat français : il est élu meilleur jeune de Pro A et remporte le titre de joueur ayant le plus progressé. C'est sous les couleurs chalonnaises qu'il développe cette énergie défensive et cette détente qui deviendront sa signature. La formation à la française, exigeante physiquement et tactiquement, lui offre un tremplin idéal vers l'Amérique et lui apprend le sens du sacrifice collectif.

La draft 2014 et l'ère James Harden à Houston

Le 26 juin 2014, Clint Capela est sélectionné en 25e position de la draft NBA par les Houston Rockets. Un choix de fin de premier tour qui se révélera l'une des meilleures affaires de la franchise texane. Aux côtés de James Harden, alors superstar offensive de la ligue, Capela devient le partenaire idéal du pick-and-roll. Sa mission ? Rouler vers le cercle, capter les passes lobées et finir au-dessus du panier. Les alley-oops entre Harden et Capela deviennent une image emblématique de la NBA de la seconde moitié des années 2010.

En six saisons à Houston, soit 334 matchs, il tourne à 12,2 points, 9,7 rebonds et 1,5 contre de moyenne. Sa saison 2017-18 est sa plus aboutie sous le maillot des Rockets : 13,9 points, 10,8 rebonds et 1,85 contre de moyenne. Le 9 février 2018, il claque même 23 points et un record personnel de 25 rebonds lors d'une large victoire contre Denver. Houston atteint la finale de conférence Ouest en 2018, tout près de faire tomber les Warriors alors invincibles.

Atlanta : l'apogée du rebondeur et du contreur

En février 2020, Capela est transféré aux Atlanta Hawks dans le cadre d'un échange géant à quatre équipes et douze joueurs. En Géorgie, il franchit un cap statistique. Dès la saison 2020-21, il termine meilleur rebondeur de toute la NBA, confirmant son statut de spécialiste de l'entretien du cercle. Le 23 janvier 2021, il signe un exploit rare : 10 contres dans un même match face à Minnesota, en plus de 13 points et 19 rebonds. Aux côtés du meneur Trae Young, il aide les Hawks à atteindre la finale de conférence Est en 2021, la plus belle campagne de playoffs de sa carrière.

Le retour à Houston et la saison 2025-26

À l'été 2025, la boucle se boucle : Clint Capela fait son retour aux Houston Rockets via un sign-and-trade, sur un contrat de trois ans estimé à 21,5 millions de dollars. Mais l'effectif texan a changé de visage. Derrière le jeune pivot star Alperen Sengun et le vétéran Steven Adams, Capela voit son rôle nettement réduit lors de la saison 2025-26 : 75 apparitions, 3,8 points et 4,6 rebonds en 12,3 minutes seulement, sa plus faible moyenne de temps de jeu depuis ses débuts en 2014. Malgré cette rotation limitée, il apporte son expérience et sa présence défensive à un groupe ambitieux, et retrouve de la mobilité et un vrai flair pour le rebond au fil de la saison.

Ce que Capela représente pour le basket suisse

Au-delà des chiffres, Clint Capela est un symbole. Il est le tout premier joueur suisse à s'imposer durablement en NBA et à y disputer plus d'une décennie au plus haut niveau. Pour toute une génération de jeunes basketteurs helvétiques, il incarne la preuve qu'un talent formé loin des grandes académies américaines peut réussir. Ses qualités sont limpides : une détente exceptionnelle qui en fait un finisseur redoutable sur alley-oop, un instinct hors norme pour le rebond offensif, et une véritable science de la protection du cercle.

Capela a également porté le maillot de l'équipe nationale suisse lors de campagnes de qualification, hissant haut les couleurs d'un pays où le basket reste minoritaire face au football et au hockey sur glace. Sa longévité impressionne : rares sont les pivots capables de tenir plus de dix saisons au rythme épuisant de la NBA sans blessure majeure. Chaque rebond capté, chaque alley-oop conclu rappelle qu'il a ouvert une voie, celle d'un basket suisse désormais capable de produire des joueurs de classe mondiale et d'inspirer les clubs formateurs du pays, de Genève à Fribourg.

Discret, travailleur, fidèle à l'éthique de travail acquise en France, il n'a jamais cherché la lumière offensive. Son jeu repose sur les tâches ingrates : boucher les lignes de passe, prendre les rebonds décisifs, protéger ses coéquipiers. C'est précisément cette humilité qui fait de lui un modèle. Interrogé sur son héritage, Capela rappelle souvent son attachement à ses racines et son désir d'inspirer les jeunes. À plus de 30 ans, le pivot genevois continue d'écrire l'histoire du basket suisse à chaque match disputé sous les couleurs de la NBA, rappelant qu'un rêve né au bord du lac Léman peut mener jusqu'aux parquets les plus prestigieux du monde.